CHAPITRE IX
l'État. Elle voudrait que l'on pût mettre son cœur dans un tableau, et que ce tableau fût sur des roues afin que tout le monde pût le voir. Le pape était cependant plus disposé que son entourage à lui rendre justice, et elle raconta à de Maisse, avec un visible plaisir^ en quels termes il avait parlé d'elle à deux de ses gentilshommes qui étaient allés à Rome. 11 leur avait dit que si cette dame était malheureusement hérétique, c'était d'ailleurs la princesse la plus parfaite et la plus accomplie qui fût au monde, et qu'il l'eût honorée, sans cela , très-volontiers , comme étant la plus
digne d'être servie entre tous les princes de la
chrétienté. En retour d'un si sincère éloge, Élisarbeth se montrait fort accommodante en parlant à de Maisse de religion. S'il y avait deux princes en la chrétienté qui eussent de la bonne volonté et du courage, il serait fort aisé, disait -elle, d'accorder ces difficultés de la religion; il n'y avait après tout qu'un Jésus-Christ et qu'une foi ; le reste, dont on faisait tant de bwiit, n'était que
bagatelle; et elle conclut, en terminant, qu'elle ne voudrait avoir échangé ni son corps, ni son âme avec quelque personne que ce fût au monde. A la fois charmé et embarrassé de ces digressions continuelles, de Maisse la ramenait respectueusement à cette question de paix ou de guerre qu'il était venu lui poser. Elle n*y répondait pas davantage, mais elle s'excusait avec une grâce spirituelle de s'en écarter ainsi sans cesse : « Que direz-vous, monsieur l'ambassadeur, de tous les contes que je vous fais? Ce sont de petites bagatelles; voilà ce que c'est que d'avoir affaire à de vieilles femmes comme moi. • Il la pressait davantage, et l'importance de la question lui servait alors d'excuse. Elle répéta plusieurs fois qu'elle était : Inter Scyllam et Charybdim, et son érudition devenait alors un sujet d'éloge et de digression nouvelle. Elle étonnait de Maisse par l'étendue et surtout par l'usage intelligent de ses connaissances ^
i « Elle sçait toutes les histoires anciennes , et n'en