CHAPITRE IX
Elle-même se défendit de Timputation de quelques détracteurs qui lui reprochaient de n'avoir jamais rien lu que Calvin. Elle avait lu les pères anciens avec beaucoup plus de plaisir que les nouveaux docteurs, pleins de disputes. Les anciens avaient la bonne intention de servir Dieu et de se rendre meilleurs. De Maisse en demeura d'accord, ajoutant que les nouveaux avaient tout pris des anciens, mais qu'ils les avaient t surpris et entrepris. »
De Maisse l'amena du moins à parler d'Essex et de son infructueux voyage, Henri lY ayant cru devoir se plaindre de cet emploi trop lointain des forces de la reine. Elle répondit avec beaucoup de sens que de telles expéditions étaient trèsdangereuses pour le roi d'Espagne, que ses con* vois n'avaient failli que de quelques heures à tomber dans les mains des Anglais, que les convois de cette année ne laisseraient pas que de
venir en leur temps. Quant au comte d'Essex,
peut-on rien dire qu'elle n'en dise quelque mot à propos. » Towmàlf 9SS.
elle dit, sans le nommer, avec une sévérité affectée et une joie sincère, que s'il y avait eu de la faute de celui qui commandait Texpédition, elle lui aurait fait trancher la tête, bien qu'elle l'aimât beaucoup ; mais il avait prouvé qu'il n'y avait en rien de sa faute, et avant de s'occuper de ses propres affaires et de ses plaintes, il avait fait toucher du doigt à la reine et au conseil sa complète innocence.
Mais sur le sujet principal de sa mission, de Maisse ne put encore lui arracher aucune réponse. C'était, disait-elle sans cesse, l'affaire la plus importante qui se fût présentée depuis qu'elle portait la couronne ; elle se trouvait inter Scyllam et Chary6dtm. Tantôt elle paraissait disposée à la guerre, disant que le cardinal Albert était ruiné, qu'on le chasserait en un an des Pays-Bas ; tantôt, lorsque de Maisse lui représentait la nécessité d'entreprendre une guerre tout autre que celle qui consumait la France, elle paraissait disposée à ne rien faire et échappait sans rien résoudre. Enfin, de