CHAPITRE X
Caron effrayé du mariage d'Albert. — Visite de Stafford.— Antécédents de cet ami de la France.— Quatrième audience. — Invasion projetée de Philippe II en Angleterre. — La reine en rit. — Ses espions. — De Maisse lui fait entendre la résolution du roi. — Elle, en parait blessée.— Elle veut le voir.—Son conseil. — Le mariage du cardinal la rend joyeuse et indiscrète. — Amour des Anglais pour elle. — Sa vieillesse.— Sa gratitude envers le i*oi pour sa conduite envers les protestants. — Soupçons et ressentiment de Hurault de Maisse. — Il veut partir.
Cependant de Maisse apprit que le soin de lui préparer une réponse serait remis au conseil privé, et qu'il y serait appelé. Inquiet de l'absence probable d'Essex, ami de la France, il envoya Fontaine au comte pour le prier de vouloir bien assister aux séances au conseil. Essex parut s'y résoudre, ajoutant que la reine avait offert d'envoyer chez lui quelques conseillers qui ne .fussent point ses en-
nemis, mais qu'il avait eu la prudence de refuser la responsabilité qu'une décision , prise dans ces circonstances, eût fait peser sur sa tête.
Caron vint faire, le 26 décembre, une seconde visite à l'ambassatleur de France. Il était fort alarmé de la nouvelle déjà publique de la résolution du roi d'Espagne et du mariage prochain du cardinal. Cette nouvelle trouvait beaucoup d'incrédules; la reine seule en paraissait aussi certaine qu'elle en était charmée. Caron ne cachait point ses vives inquiétudes, et s'efforçait de les faire partager à de Maisse. L'effet de ce mariage serait grand dans les Provinces-Unies. L'Espagne avait toujours songé à ce hardi moyen de donner à la Belgique une sorte d'indépendance pour ébranler celle de la Hollande, et de sembler renoncer à tout pour tout reprendre. C'était, à l'entendre, la crise de leur liberté. De Maisse savait comme lui que leur révolution était surtout l'œuvre des grands et des hommes éclairés du pays, qu'ils avaient entraîné vers l'indépendance des populations na-