CHAPITRE X
turellement inclinées vers leur ancienne obéissance, pourvu que la réalité en fûl déguisée et la forme habilement renouvelée. Et que pouvait-il y avoir pour la France, disait Caron, de plus redoutable que la réunion des anciennes possessions espagnoles dans une seule main, qui ne cesserait pas, après tout, d'être celle de l'Espagne? Mais le patriotisme de Caron lui-même et l'habileté courageuse de ses nobles mandataires, toujours maîtres de la multitude, suffisaient pour démentir de telles craintes et pour rassurer de Maisse, aussi bien que Henri IV, sur l'avenir d'une république qui avait traversé de plus fortes épreuves que le mariage du cardinal Albert.
Deux jours après, de Maisse reçut la visite d'un gentilhomme, dont il avait déjà remarque l'empressement amical, et qui se montrait fort attaché au roi de France. C'était Stafford, frère de l'am- * bassadeur de ce nom qui se trouvait à la cour de Henri III, à l'époque de Texécution de Marie
Stuart. De Maisse le reçut en ami de la France,
242 ELISABETH ET HENRI lY.
fut particnlièrement'charmé de la franchise de ses manières et jugea utile de l'intéresser aux affaires du roi en Angleterre *. Ce n'était pas la prennère fois que ce gentilhomme était recommandé au roi de France. Au mois d'avril 1590, Beauvoir de La Nocle écrivait à Henri lY que Stafford était jaloux de la bienveillance du roi envers quelque autre personne que lui en Angleterre, et que le roi ferait bien de lui écrire pour rassurer cette affection si susceptible *. Mais les deux ambassadeurs semblent ignorer que cet ami de la France avait été étrangement mêlé aux embarras suscités par Elisabeth à l'un de leurs prédécesseurs, l'incapable et violent Châteauneuf, digne représentant de Henri III. Au mois de janvier 1587, le jour même
> « Cet homme parle fort librement et je pense que ce seroit bien faict de Tentretenir estant très-affectionné à la couronne. » Journal, 303.
s « Sire, depuis ma lettre écrite, j'ai veu monsieur de Stafford qui, nonobstant qu'il soit un peu altéré de la fayeur que Votre Majesté a faicte à Boros, ne laisse de continuer au désir qu'il a de lui faire service... » — Egerton, 342. (Ashridge collection.)