‹ Élisabeth et Henry IV, 1595-1598Chapitre 113 sur 145 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

prince de Navarre, avait eu à se plaindre particulîèrement de lui, et qui, pour lui faire un affront grave dans l'opinion du temps, avait envoyé à Londres de Mouy, chargé de battre les gens de l'ambassadeur de Henri III ; mais malgré la difft rence des temps, Stafford s'était montré, dans cette occasion, trop ingénieusement dévoué à Elisabeth pour être jamais un serviteur bien utile aux intérêts de la France.

Le dernier jour de l'année 1597, de Maisse fut reçu pour la quatrième fois par la reine. Vêtue avQC son .éclat accoutumé *, elle marchait d'un air altier dans sa chambre, humblement suivie par le secrétaire Cecil, plus propre que tout autre à faire

* a £lle estoit ce jour-là habillée de toile d'argent comme de coustume, ou gaze, que nous appelons en françois; sa robe estant blanche et la sapronelle de soye d'or de couleur viollette. Elle avoit une très-grande quantité de bagues sur elle tant sur la tète qu'au dedans de son collet, à Tentour des bras et aux mains, avec une très-grande quantité de perles, tant autour du col qu'en bracelets, et avoit deux carcans, un à chaque bras, qui estoient de fort grand prix. » Journal^ 316.

briller par le contraste, l*aisance majestiieuse d'Elisabeth, Elle avait des nouvelles du roi d'Espagne et se disait menacée d'une invasion. Une trentaine de navires, réunis en Flandre» étaient chargés de chaux, de pierres et cl'une grande quantité de munitions, On voulait se saisir de quelque port de la CornouaiUes et s'y fortifier. Elle en parla d'abord sérieusement et finit bientôt par en rire, disant que ce n'était point si facile et que le roi d'Espagne comptait sans son hôte. De son côté, de Maisse s'efforçait de l'inquiéter sur la Bretagne, lui parlant des secours que les Espagnols «'étaient engagés à conduire par mer au duc de Mercœur. Elle saisit au passage le nom du duc pour faire son éloge ; on le tenait autrefois à la cour pour un sot et il se montrait plus habile que tous les autres. Pour elle, il n'était pas aisé de la surprendre ; elle avait, disait-elle, les yeux ouverts pai'tout, parce qu'elle en avait besoin *. Elle avait

\ Daus le Mémoire de Chàteauueuf sur la conspircUion de BabingUm (supplément français et l^abanofi^ vol. VI,

Page 1