‹ Élisabeth et Henry IV, 1595-1598Chapitre 115 sur 145 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ne pouvait parler à ses alliés plus honnêtement quMl faisait. Avec cette guerre misérable, qu'on voulait prolonger sans avantage, le roi ne pourrait recouvrer ses places en dix ans, et l'état de la France ne souffrait point de retards. Le but d'une ligue n'était pas une guerre perpétuelle ; si c'était un tort que de traiter sans l'aveu de ses alliés, c'est un tort non moins grave que de vouloir les consumer dans une guerre inégale, aux maux de laquelle on sait soi - même échapper. Nul n'est obligé de se perdre pour le profitdes autres. Elisabeth dit qu'elle ne doutait pas de la franchise du roi, qu'elle l'imitait de son côté; c'était un prince bon et vertueux, mais mal conseillé ; elle eût voulu le voir lui-même en cette occasion importante, et elle en exprima si ouvertement le désir, que de Maisse, embarrassé et n'osant s'engager dans aucun sens, ne sut que répondre. 11 se jeta sur les pouvoirs toujours contestés de Richardot ; il n'en fallait pas douter ; d'ailleurs on les verrait lorsqu'il serait question de traiter, et les gens du

roi s'y connaissaient assez pour qu*on n'eût rien à craindre. 11 échappa aussitôt à la reine que si Ton traitait, il fallait que ses gens y fussent. Puis, regrettant d'avoir ainsi laissé entendre qu'elle était à demi résignée à souffrir cette paix qu'elle ne pouvait empêcher, elle ajouta précipitamment que le cardinal Albert, lui, n*y pourrait être, parce qu'il allait à Milan chercher sa femme. Et elle s'étendit avec une satisfaction conunuuicative sur ce mariage, tout en avertissant de Maisse que son conseil lui donnerait une réponse. L'ambassadeur crut alors la flatter, en lui disant que le roi et elle se ressemblaient en ceci, qu'ils portaient tout leur conseil sur leurs épaules. Elle s'en défendit aussitôt avec beaucoup de chaleur et de bon sens. Elle ne faisait rien sans son conseil , et il n'y avait rien de si dangereux en affaires d'État que l'opiniâtreté. Mais elle sentait l'absence du conseil qu'elle avait eu autrefois, et elle avait perdu vingt ou vingt-deux de ses meilleurs conseillers. De Maisse lui fit remarquer qu'elle les avait remplacés, et

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