‹ Élisabeth et Henry IV, 1595-1598Chapitre 117 sur 145 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

toucher la dot de sa femme, sachant qu'il n'en aurait rien pendant la guerre. Le roi d'Espagne se hâtait encore plus , redoutant de laisser l'infante à la merci de son frère, capable d'entreprendre sur la vie de sa sœur.

La mauvaise réputation de ce méchant prince la conduisit naturellement à\)arler d'elle-même et surtout de ce que son peuple pensait d'elle. L'amour des Anglais pour elle était, à l'entendre, incroyable ; à la vérité , elle les payait de retour et ne les aimait pas moins qu'elle se voyait aimée d'eux. Elle pouvait dire, en toute sincérité, qu'elle aimerait mieux mourir que de voir diminuer, d'une part ou de l'autre, cette mutuelle affection. De Maisse protesta qu'il n'en ignorait rien ; tout le monde savait comment ses peuples étaient bien traités par elle , combien ils étaient heureux de vivre sous une si bonne princesse. Ils n'en devaient pas jouir longtemps, à en croire Elisabeth; je suis sur le bord de la fosse, répondit- elle, et il me faut maintenant penser à mourir. Mais aussi-

tôt, sans attendre qu'on la démentît, elle se reprît d'elle-même et dit vivement : « Je ne pense poîhl mourir de sitôt , monsieur Tambassadeur , et ne suis pas si vieille que Ton pense. » De Maisse la confirma dans cette pensée ; Dieu là conserveKaît encore longtemps pour le bien de ses royaumes; elle se faisait tort de s'appeler si souvent de ce nom de vieille, et, Dieu merci, sa disposition était telle qu'elle n'avait aucune raison de s^ appeler ainsi. « Monsieur de Beauvoir * m'en disait toujours autant, répondit Elisabeth, et, à l'entendre, je me faisais tort en me donnant ce nom de vieille. »

De Maisse crut devoir lui annoncer, avant de la quitter , que les affaires protestantes étaient réglées par Henri IV avec les représentants du parti , de façon à contenter tout le monde et surtout la reine d'Angleterre. Elisabeth répondit avec empressement qu'elle le savait. Sir Edmund l'en avait informée, et Henri IV s'était, en cette cîr-

* Beauvoir de La Nocle, ancien ambassadeur de Henri IV en Angleterre.

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