CHAPITRE XI
conseillers entrèrent et prirent leurs sièges. Essex était présent.
Le grand trésorier, après avoir dit que le conseil était assemblé pour communiquer à l'ambassadeur la résolution de la reine, invita le comte d'Efisex à prendre la parole et à se charger de cette réponse. Essex refusa froidement et, malgré les instances amicales du grand trésorier, persista dans son silence. Lord Burghley dit alors à de Maisse qu'en cette affaire trois parties étaient intéressées, le roi, la reine et les États des Provinces-Unies , bien que les États n'eussent point droit à la même considération que les deux autres. C'était cependant , conmie l'on avait coutume de dire, un jeu à trois personnages, et l'on ne pouvait prendre aucune résolution sans que chacun eût été appelé à dire son avis. La reine avait donc résolu d'envoyer en France des députés, chargés de s'entendre avec Sa Majesté, soit pour la paix, soit pour la guerre. De plus, la reine ayant appris que les États envoyaient aussi leurs
députés vers le roi de France , avait écrit aux États pour les inviter à donner à ces députés le pouvoir de traiter avec les siens aussi bien qu*avec le roi. Cette réponse une fois faite , la conversation s'engagea entre de Maisse et le conseil. On lui dit que la paix était malaisée à conclure entre l'Angleterre et l'Espagne. Rien n'est au contraire plus simple, dit de Maisse, puisqu'elles n'ont rien à réclamer Tune de l'autre. On lui opposa les menées et les hostilités du roi d'Espagne en Irlande, et il répondit que la paix l'en détournerait aisément. Cette paix, dirent les conseillers, doit- elle rendre la Navarre au roi de France. On a offert simplement au roi, dit l'ambassadeur, d'en revenir au traité de 1559. C'est un traité mal observé, dit lord Burghley, puisque vous n'avez rendu ni Metz ni Calais, malgré vos engagements. Au contraire, répondit de Maisse, c'est de l'autre part qu'il a été le plus mal tenu et nous avons rendu inutilement plus de deux cents lieues de pays. Essex, cédant à son inclination pour la guerre, ne
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put s'empêcher de dire, seul de son avis, que les dissentiments religieux rendaient la paix difficile entre l'Angleterre et l'Espagne \ et lord Burghiey, toujours enclin à ces railleries dont Sancy s'était jadis offensé, dit en riant à de Maisse que l'entreprise de M. d'Espernon sur Calais avait échoué parce qu'on n'avait pu la tenir secrète. Sans répondre au grand trésorier, de Maisse se plaignît vivement qu'on lui eût fait attendre si longtemps à Londres une résolution aussi simple que celle de la reine. Du moins, ajoutat-il , hâtez l'envoi de ces députés; qu'ils partent au plus tôt, bien instruits de toutes choses ; les affaires du roi ne peuvent supporter ces longueurs. Le grand chambellan se leva pour aller prendre les ordres de la reine.
Lord Burghiey reprit alors l'entretien, disant à de Maisse que le conseil était partagé, que plusieurs voulaient la paix, qu'il s'en trouvait pour
* « Ce qui ne me sembla considérable. y> Journal, 406.
désirer îa guerre; et montrant le comte d'Essex, il dit amicalement que le comte était jeune et désirait naturellement la guerre. Essex garda le silence. De Maisse répondit alors pour le comte qu'il était nourri dans les armes et que son métier é^ait d'aimer la guerre. D'ailleurs , ajouta de Maisse, vous en parlez tous bien à votre aise ; la guerre est loin de votre pays, qui est riche et demeure dans l'abondance. La guerre vous profite, elle nous ruine ; voilà quarante années qu'elle épuise la France. L'amiral reprit qu'il n'y avait, dans la chrétienté, aucun gentilhomme qui eût autant perdu à la guerre que le comte d' Essex et lui, semblant chercher, en cela du moins, Tassentiment ducomte. Essex se tut encore, et de Maisse répondit que quelques pertes particulières n'empéchaient point les Anglais de porter plus légèrement que la France le poids de la guerre. Cependant le grand chambellan rentra et invita de Maisse à se rendre auprès d'Elisabeth.
Elle lui demanda s'il avait reçu sa réponse par