CHAPITRE XI
Tentremise du conseil et s'excusa de n'avoir pu la faire plus tôt. De Maisse tâcha de connaître les noms de ces députés , et comme la reine avoua ne pas l^s avoir encore choisis , il la pressa respectueusement de le faire. Elle chercha de son côté à savoir si le roi se contenterait de cette réponse, puis s'entretint avec de Maisse d'un mariage projeté entre la sœur du roi et le prince de Lorraine , voyant avec déplaisir cette union et y signalant la main de l'Espagne. Elle demanda encore si le roi était bien résolu à attaquer la Bretagne au printemps. De Maisse profita de cette question pour lui demander, avec une apparente indifférence et comme de lui-même, ce qu'elle ferait des troupes qu'elle avait encore en France. EUerépoUditavecunefermeté qui prévenait toute instance, qu'elle avait envoyé chercher ses
soldats pour les licencier ; que ce n'étaient que
des larrons qu'il faudrait pendre ; et elle murmura
entre ses dents quelques menaces, comme si elle
ne pouvait parler de ce sujet sans colère.
Ainsi confirmé dans sa réserve accoutumée, de Maisse suivit avec intérêt la reine dans ses digressions favorites. On parla des diverses langues qu'elle avait à son service. Elle dit qu'en arrivant à la couronne elle savait six langues mieux que la sienne ; et aux éloges empressés de l'ambassadeur, elle répondit que ce n'était point merveille d'apprendre à une femme à parler, qu'on aurait bien plus à faire pour lui apprendre à se taire.
Se préparant à prendre congé d'elle, de Maisse lui demanda si elle avait à lui commander de faire au roi, de sa part, quelque communication particulière. Elisabeth dit alors à l'ambassadeur de venir plus près d'elle, car ils n'étaient point seuls, et commença à lui parier, s' animant peu à peu, à mesure qu'elle exprimait ses soucis et ses plaintes. De Maisse devait dire au roi qu'il n'y avait créature au monde qui lui portât autant d'affection, ni qui désirât autant son bien et sa prospérité qu'elle; mais elle suppliait le roi de