‹ Élisabeth et Henry IV, 1595-1598Chapitre 130 sur 145 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

considérer l'état où elle se trouvait; elle était

vieille, elle était femme, et d'elle-même impuissante ; elle avait affaire à de grandes et diverses humeurs, et bien que ses peuples fissent une grande démonstration de leur amitié pour elle, ils étaient légers, inconstants, et elle avait lieu de tout craindr^e. En ce dernier Parlement, ils s'étaient plaints que tous les trésors d'Angleterre et ceux de la reine sortissent du royaume pour aller en Flandre et en France; qu'on envoyât les Anglais mourir hors du pays, tandis qu'ils' devaient y demeurer pour la défense du pays ; qu'il en était mort, depuis trois ou quatre ans, plus de vingt mille ; et paraissant émue de ces plaintes dont elle se faisait l'interprète, elle ajouta : Quidquid délirant regesplectuntur Achivù Revenant à elle-même, elle affirma qu'elle avait aussi ses peines. Le roi , qui lui faisait dire par de Maisse de se mettre à sa place, devait aussi se mettre à la sienne. Au milieu de ses propres embarras, elle avait toujours aidé le roi dans ses

nécessités; elle Tavait secouru , non-seulement d'hommes, mais d'argent; il n'y avait au monde aucun prince qui se fût conduit conmie elle sans recevoir aucune garantie, sans réclamer des villes pour gages. Et non-seulement on ne lui rendait pas ce qu'elle avait prêté, mais on gardait ce qui lui appartenait \ De Maisse devait répéter toutes ses paroles au roi, en l'assurant néanmoins de sa bonne volonté et d'une affection qui ne changerait jamais.

L'ambassadeur répondit, avec un certain embarras, à ces représentations éloquentes. Le roi était fort obligé à la reine d'Angleterre; s'il survenait à la reine quelque accident dans son royaume, non-seulement il la secourrait de toutes ses forces, mais il y viendrait en personne. Une fois les affaires du roi acconmiodées , il aurait le moyen de rendre la pareille à ses amis*

Elisabeth dit alors avec franchise à de Maisse

* « Et crois qu'elle vouloit entendre de Calais. » Journal, 413.

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