CHAPITRE II
nant en France lui fut refusé ; les railleries de la cour s'étaient ajoutées à la hauteur de la reine.
Mais au printemps de 1596, Sidney vint offrir ce qu'avait inutilement réclamé Loménie. C'était cependant un secours trop chèrement acheté que celui pour lequel on demandait en échange la cession de Calais. Henri IV n'en était pas encore à écouter une aussi dure proposition. Il écrivit à Elisabeth qu'il ne pouvait croire « qu'elle voulût mesurer son amitié à l'utilité qui lui en pouvait revenir; » il se plaignait d'une condition « si peu convenable à la sincérité de sa parfaite affection » et s'y refusait «en baisant, ajoutait-t-il, les belles et heureuses mains qui tenaient la clef de sa bonne ou mauvaise fortune. »
Cependant Nicolas Harlay de Sancy était parti pour Londres, chargé de négocier un traité d'alliance, et le comte d'Essex était embarqué pour faire voile sur Calais que battait déjà le canon du cardinal d'Autriche. Il était trop tard pour décider qui garderait la place du roi de France ou de
la reine d'Angleterre. Le 17 avril, elle appartenait à l'Espagne. Henri IV pressentit TeiTet de ce malheur sur l'esprit d'Elisabeth et envoya le duc de Bouillon joindre ses efforts à ceux de Sancy. Elisabeth et la cour se trouvaient alors à Greenwich .
Tout en assurant à l'envoyé du roi de France qu'elle n'avait demandé que la garde de Calais, menacé par les Espagnols et mal défendu par les Français, Elisabeth ne cacha pas le déplaisir qu'elle avait ressenti de ce refus et son peu d'empressement à se lier plus étroitement avec la France. Lord Burghley fut plus explicite encore dans la conversation qu'il eut avec Sancy, le 23 avril. Il lui fit durement entendre que la conversion du roi avait changé la situation respective des deux États, qu'il n'y avait plus entre eux d'autres intérêts communs que ceux qui résultaient de leur voisinage ; puis, venant à la perte de Calais, il s'étendit, avec une complaisance volontaire, sur l'habileté des Espagnols, sur le secret