CHAPITRE II
et le bonheur de leur entreprise. En un mot rien n'est négligé, ni dans ces premières audiences, ni dans celles qui vont suivre, pour décourager les ambassadeurs français et pour les faire venir d* eux-mêmes à ces engagements foi'mels, que nous verrons plus tard Henri IV et de Maisse dénouer avec tant de peine et de lenteur.
Après une audience où Elisabeth leur dit « qu'elle ne sa voit qu'espérer d'un traité, vu qu'on n'avoit tenu aucune promesse, » les ambassadeurs furent introduits le 7 mai devant le conseil de la reine. Lôrd Burghley insista sur l'inutilité d'un traité d'alliance. La reine ne faisait-elle pas la guerre à l'Espagne? Pouvait-elle faire davantage et d'ailleurs en quoi Henri IV pouvait-il venir en aide à Elisabeth? La reine était à bout de sacrifices, Sancy essayait d'établir que l'intérêt des deux souverains était égal dans cette alliance, que l'Angleterre était toujours menacée d'une invasion espagnole, « et qu'en cette extrémité le roi aiderait la reine d'hommes et de vaisseaux. » Burghley dit
en anglais à ses voisins : « qu'on leur vouloit vendre la peau de Tours, » et n'eut pas de peine à embarrasser Sancy sur la possibilité de cette future assistance. Aussi, l'ambassadeur n'eut-il plus qu'à se lever en disant : « Si vous ne pouvez nous secourir, vous nous ferez grand plaisir de nous le faire entendre de bonne heure. ■ C'était le véritable moyen de conduire les Anglais à ce traité qu'ils étaient au fond aussi désireux de conclure qu'ils se montraient dédaigneux d'en parler. L'attitude de Sancy amena donc une ouverture aux négociations et l'on prit pour point de départ le traité conclu en 1571 entre Elisabeth et Charles IX. Cependant à la séance du 9, il sembla de nouveau qu'il n'y eût rien de fait. Lord Burghley, après avoir dit que la reine était bien affligée de ne pouvoir rien faire, demanda encore quelle utilité lui reviendrait d'une telle alliance. Mieux inspirés que le premier jour, les Français firent entrevoir dans la campagne du cardinal Albert sur les côtes voisines de l'Angleterre un dessein bien arrêté