CHAPITRE XI
Pami de la France, le comte d'Essex. Il trouva Burghley préoccupé de deux choses, de la paix et des avances que le roi devait rembourser à la reine. Le grand trésorier les énuméra exactement, insista sur les vingt mille écus qu'avaient emportés Sancy et Bouillon, que ne rapportait personne. De Maisse répondit que le roi payerait ses dettes et que ce n'était point une si grande affaire. En revanche, Burghley montra les dispositions les plus pacifiques et ne semblait plus le même homme que dans le conseil de la reine. 11 voulait la paix pour l'Angleterre, pour les trésors épuisés d'Elisabeth; il la voulait aussi pour lui-même ou plutôt pour son fils , et disait avec franchise que s'il était, avant de mourir, l'auteur de la paix, cela assurerait beaucoup sa maison. Il n'attendait que le jour de cette paix pour dire : Nunc dimittis servum tuum^ Domine. On sait qu'il n'était pas réservé à Burghley de la voir, mais seulement de combattre énergiquement pour elle , lorsque la paix de Vervins imminente fera
édater en Angleterre le débat que de Maisae avait en vain essayé d'y soulever ; lorsque reprenant Essex , par un avertissement prophétique , de son amour immodéré pour la guerre, il lui indiquera du doigt sur le livre ouvert des Psaumes, avec une muette éloquence, le verset qui annonce aux hommes de sang • quMls ne verront pas la moilié de leurs jours*. »
De Maisse se rendit chez Essex au sortir de la maison du grand trésorter. C'était Essex luimême qui avait fait dire à l'ambassadeur de ne point oublier d'aller voir lord Burghley, tant le sentiment de la dignité du pays dominait après tout dans cette cour le feu des rivalités particulières *. Le comte était triste ; il toucha de Maisse
' «c Usque adeo ut thesaurarius, cumnihil nisi bellum « cœdem et sanguincm spirare dixerit, atque post ver- « bosam de bac re disceptationem , neicio qua mente « prœsaga, porrecto Psalmorum libro , tacitus indicaret « Versiculum virt sanguinum non dimidiabunl dies suas. » — Camden, 717.
* t Ils ont de grands respects les uns aux autres. * -« Journal, 417.