‹ Élisabeth et Henry IV, 1595-1598Chapitre 29 sur 145 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

rendus n'en donnaient pas moins à la politique anglaise aux Pays-Bas des motifs légitimes d'influence et de puissants moyens d'action. Cette influence s'étendait même au delà de l'autorité des États et des armes de la reine. Il existait, entre les provinces soumises au cardinal Albert et Elisabeth, des relations secrètes mais actives, et qui pouvaient, à un jour donné, devenir d'une incontestable utilité. Un nombre considérable de familles flamandes, fuyant devant les armes, les jugements ou l'administration de l'Espagne, s'étaient établies en Angleterre, et avaient conservé avec leur pays des rapports réguliers toujours mis au service de la politique anglaise. La reine elle-même entretenait de précieuses relations avec des catholiques anglais, chassés d'Angleterre par d'anciennes persécutions ou par ses poursuites simulées, établis aux Pays-Bas, sujets de l'Espagne et agents soldés d'Elisabeth, tour à tour destinés suivant la nécessité de sa politique, à exciter des troubles contre le cardinal Albert, ou à ouvrir avec lui des négo-

dations que la France et les États, qui y étaient sacrifiés, devaient à tout prix ignorer.

Cependant, le 6 novembre 1597, Buzanval avait fait, selon ses instructions, aux États-Généraux, la proposition formelle d'entrer en même temps que la France en accommodement avec T Espagne. Déjà Henri IV, dans une lettre datée du 17 octobre au camp de Beauval et adressée aux États avait insisté avec intention sur l'épuisement de la France, tout en parlant, avec une ardeur belliqueuse, de « finir la guerre en ces provinces, pour aller après, tous ensemble, assaillir l'ennemi en sa tannière, et luy faire rendre compte des maux que luy et sa nation ont faicts aux innocents et à la Chrestienté. »

Bien que Buzanval, déjà instruit de la résolution de son maître à la paix, vint, dans sa déclaration du 6 novembre, démentir ces fières paroles, bien qu'il s'étendît sur les misères de la France, sur « les dangers et les fortunes diverses que le roi avait courus, » sur « son estât espuisé de finances et par conséquent de nerfs et de forces, » sur la

Page 1