CHAPITRE III
qui la trêve ne pouvait être renouvelée. Et, comme si les États avaient déjà pu oublier la paix dont ils venaient d'être si hautement menacés, le roi leur faisait représenter cpi'ils avaient intérêt à la prompte soumission de la Bretagne, parce que les forces françaises, occupées de Ce côté, seraient libres au printemps pour une campagne en Picardie.
Les États avaient écrit ce jour même, 12 novembre, leur réponse aux paroles de paix de Henri IV. Ils lui rappelaient leur ligue et leur légitime espérance. Us accusaient l'Espagne de « faire son profit du seul nom de paix aussi bien que de la paix même. » Eux aussi, ils avaient eu à résister à des sollicitations détournées dont leur loyauté s'était offensée. L'empereur et l'empire, les rois de Pologne et de Danemark leur avaient conseillé de faire leur paix avec l'Espagne. Que conclure de ces tentatives? que l'Espagne, qui avait cru tout terminer par la prise d'Amiens, se voit maintenant déçue, et leurre séparément les alliés
de l'espoir d'une paix avantageuse, pour profiter de la discorde qui doit sortir de la diversité de leurs intérêts. S'il réussit à les diviser, l'Espagnol assaillira d'abord les États, et ceux-ci une fois soumis, il aura des forces iniposanles à tourner contre la France. Défendons-nous donc, disaient les États d'un commun effort Nous ferons de notre mieux, ajoutaient-ils, avec une dignité mêlée d'amertume, « pour les endommager tellement en Brabant et en Flandre, que Votre Majesté verra combien n(ms tenons chère la foy et serment si saintement engagés au traicté de ladîcte ligue. »
Villeroy envoya le 2 décembre, de Saint-Germain , cette belle lettre à Hurault de Maisse , déjà parti pour l'Angleterre. « Vous verrez , » lui écritil , un peu entraîné lui-même par l'exhortation belliqueuse des États , et bientôt ramené au vrai penchant de la politique française par le vif sentiment de la réalité , « vous verrez comment ils ont pris la déclaration que M. de Buzanval leur a faicte de la recherche de la paix , à laquelle ils