CHAPITRE IV
De l'Angleterre vers 1597. — Le commerce anglais à la fin du zvi* siècle. ^Pays-Bas. — Russie. — Allemagne. — Portugal.— Orient. — Marine de guerre de la reine. — La marine de corn* merce contribue à la défense du pajs. — Elle abuse en mer de M supériorité. — Politique oommerciale de l'Angleterre. — Exclusion de l'étranger; vexations calculées.— Actes de piraterie. — Expéditions publiques et privées contre les colonies espagnoles, — Ardeur de la jeune noblesse à s'j enrichir.— Revenus et charges de la reine. 7>Prospéri té et bon ordre de ses finances.— Llrlande considérée comme le fléau de l'Angleterre.
L'heureuse nation qui a su concilier la liberté la plus étendue avec la prospérité la plus solide, le respect religieux de la loi avec le gouvernement presque immédiat de Topînion publique , Tordre le plus assuré avec le progrès le plus rapide, qui a étendu son empire sur près de cent millions d*hommes, qui a répandu chez les peuples les plus
éclairés de l'ancien monde le goût de ses institutions et la difficile imitation de sa liberté, et qui a jeté dans le nouveau les fondements d'une république dont elle a gardé le droit d'être fière, donnait, dès la fin du xvr siècle, des marques glorieuses de son génie et de sa future grandeur. Elle était encore éloignée d'entourer sans interruption la terre, selon l'image hardie d'un orateur américain, du roulement matinal de ses tambours , saluant successivement le lever du soleil sur toutes les contrées habitées, mais déjà elle portait partout le commerce et la guerre , et les colonies les plus lointaines de l'Espagne redoutaient l'approche annuelle de ses vaisseaux. Elle ne se gouvernait pas encore elle-même avec une pleine conscience et une entière liberté ; mais, au milieu de ses tribunaux trop dociles et de ses assemblées trop soumises, subsistaient les éléments déjà reconnaissables de ce gouvernement parlementaire que deux révolutions devaient affermir, qu'une longue pratique devait développer, et qui