CHAPITRE I
da la ligue que de perdre le temps à les vaincre et payer d'un seul coup ce que lui eût coûté la guerre^ hâtant Tunion de la France et ménageant son sang.
En même temps que, selon l'expression conservée par TEstoile^ « on vendait à César ce qui appartenait à César, » et que trente-deux millions de livres environ disparaissaient dans ce rachat du royaume, il fallait soutenir la guerre que le manifeste du 17 Janvier 1595 avait officiellement déclarée à l'Espagne, la soutenir sans argent et presque sans armée. Le successeur de l'archiduc Ernest dans 1^ gouvernement des Pays-Pas, le comte de Fuentès était, cette année même, de* venu maître par les armes ou par la trahison de la plupart des places de la Picardie ; Cambrai lui avait ouvert ses portes. L'année suivante, le 17 avril, pendant que Henri IV assiégeait la Fère, Albert d^Âutriche, qui depuis deux mois avait succédé au comte de Fuentès, emportait ifl par un heureux coup de main» Ce revers,
que la prise de la Fère ne compensait pas, fut suivi d'un malheur plus grand encore : Amiens, où avaient été réunis les approvisionnements et les munitions nécessaires à la campagne de 1597, tomba le 11 mars aux mains des Espagnols.
Henri IV réunit par des moyens extrêmes de l'argent et une. armée, et après cinq mois d'un siège obstiné, souvent inquiété par Albert d'Autriche, le 25 septembre, Amiens capitula. Hors d'état de continuer la guerre \ Henri ne vit dans
* L*assemblée des notables à Rouen (5 nov. 1506), la saisie des rentes surTIiôterde yille, des emprunts au clergé, des offices nouveaux créés et vendus, J'enregisirement des édits bursaux imposé par Henri IV au parlement de Paris , n'avaient produit que d'insuffisantes ressources. Le lendemain de la reddition d'Amiens, Tarmée du roi se débanda (Lettres missives ,' tome lY ^ page 855). Les instructions qu'emportera de Maisse en Angleterre insisteront éloquemment sur cette détresse . Lui-même s'en ressentira à la fin de son ambassade (Journal, 159). Ses négociations à Venise avaient déjà failli plusieurs fois se terminer faute d'argent pour j pouvgir vivre. Enfin M. de Bouillon avait laissé en gage à Londres pour 4,000 écus un buffet qu'il avait reçu en présent de la reine et qu'il envoya d&gager par son se-