CHAPITRE IV
suivait alors le gouvernement et qu'encourageait rinstinct national. En 1597, à Toccasion de la saisie de plusieurs navires prussiens et polonais, les villes hanséatiques résolurent de s'assembler à Lubeck, pour aviser aux meilleurs moyens de détruire le commerce anglais en Allemagne et en Pologne. Les négociations de Georges Carew et le relâchement des vexations exercées dans les ports anglais contre les marchands de la Hanse suspendirent ces violentes mesures. Mais déjà les villes hanséatiques avaient obtenu de Tempereur que TÂllemagne fût fermée à la compagnie anglaise des aventuriers.
Le sud de l'Europe avait été d'mi accès plus facile au commerce anglais, qui n'en fut éloigné que par la guerre. En 1576, les relations du Portugal et de l'Angleterre furent resserrées par un traité de commerce qui ouvrit aux Anglais le Portugal , Madère et les Açorës , et qui devait être renouvelé après trois années. Leicester et quelques marchands de Londres reçurent de la reine , en
1585, le monopole du commerce déjà important de l'Afrique septentrionale. Le Levant n*avait longtemps été ouvert aux Anglais que sous la bannière de la France , qui y avait représenté et protégé les nations de l'Occident. Mais, en 1579, Elisabeth avait obtenu du sultan Amurat la liberté du commerce anglais. Aussitôt la compagnie de Turquie s'était formée ; Constantînople, Angora, Chio, Alexandrie, l'Egypte, Chypre furent bientôt enveloppées dans ses relations suivies et toujours croissantes; la soie, le coton, les aromates
arrivèrent directement en Angleterre. L'ambitieuse activité des marchands anglais s'était bientôt lassée de l'égalité; dès 1598, l'Angleterre aspirait à soustraire à la France le patronage des marchands étrangers *.
' Une lettre fort intéressante, datée du Caire, le 22 mars 1598, et écrite par M, Decoquerel, consul de France à Constantînople, en donne la preuve : « Je suis retourné en ce lieu pour deffendrc ce consulat contre les assauts de l'ambassadeur d'Angleterre , résidant en Constantînople , et son consul qui est icy, lesquels par toutes
eHAPÏTRiû IV. 8?
Une flotte de guerre, relativement faible, protégeait ce grand conunerce maritime , qui' s'instruisait peu à peu, non-seulement ik se défendre^ lui-même , mais à contribuer effîcaeement à la défense du pays ^ Ce fut, en 1588, un grand i^eotacle et un digne présage de Tavenir de TAngleterre que de voir se presser autour de la flotte de la reine, croisant dans le détroit à la poursuite de l'Invincible Armada, une foule de navires équipés
voyes indirectes veuUent soustraire de la bannière de Sa Majesté les nations estiangères qui trafiquent par ce royaume sous la protection d'icelle, et rCy a pas dix-hvdt ans que les Ânglois ne pouvoient négocier par cet empire que sous la très-puissante bannière de France, J'ay jusqu'à cette heure renversé leurs desseins pour ce regard, à Jeur honte, et creveray avant qu'il n'en advienne autrement... » Lettre autographe. Les 500 de Colbert, 35. * * Les forces de mer de la reine, écrit de Maisse, consistent en trente -sept ou trente-huit vaisseaux qui lui appartiennent, mais si elle en»a besoin elle mettra cinq cents vaisseaux de guerre ensemble. Les soldats sur les navires sont « paies et traités fort bien. » L'artillerie est nombreuse. « Grande commodité de bastir et construire des vaisseaux , et y en a grand nombre au port de Rochester et sur la Tamise , très-beaux à voir et Irès-bien équipés. » Journal ^ 222.
pai* les nobles et par les marchands, et montés par r élite de la jeunesse anglaise. Et dix années^ auparavant, les ennemis de l'Angleterre , se préparant à l'envahir, avaient rendu indirectement honmiage au patriotisme et à TeiBcacité de sa marine marchande , en s'occupant activement de la faire noiiser par des étrangers pow* de lointains voyages.
Cette marine avait conscience de sa force et y cherchait déjà l'impunité. Tout la portait à abuser de sa suprématie commençante. Elle ne redoutait plus l'Espagne, et la Hollande n'était pas encore à craindre. Entre la ruine de^cet ancien oppresseur et l'élévation de cette nouvelle rivale, elle jouissait sans contrôle et sans scrupule de la domination des mers. A cet emportement naturel de la jeunesse et de la prospérité , se joignait un vif penchant à décourager la marine marchande des nations voisines , et à faire des navires anglais le plus sûr, sinon Tunique moyen de transport du commerce de T Occident.