‹ Élisabeth et Henry IV, 1595-1598Chapitre 53 sur 145 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

rempart contre l'ambition légitime de son Parlement ; elle le désarmait par la grandeur et par la popularité de sa politique générale, et surtout par la discrète habileté avec laquelle elle profitait de ces leçons , repoussées en apparence avec tant de hauteur. Ces remontrances , qu'elle semblait ne pas écouter, ou qu'elle n'écoutait que pour les punir, laissaient une utile impression dans son esprit et n'étaient certainement pas sans influence sur sa conduite. Si d'ailleurs il fallait que le Parlement se contentât de cette intervention indirecte et contestée sur les grandes affaires du royaume, il exerçait , par une compensation inévitable , une continuelle et minutieuse influence sur les petites. Ces détails, en apparence misérables, sur lesquels

on détournait volontiers son activité, relevèrent par cela même de son pouvoir, grâce à l'heureuse autorité que les précédents eurent toujours en Angleterre. De Ik ces ressources inattendues que le Parlement put tirer, au jour de sa lutte ouverte contre le pouvoir royal, de cette compétence re-

connue sur les sujets que lui abandonnait Élisarbeth 9 et c'est là que viendront échouer les efforts de ses ihdignes successeurs. Leur défaite devait jeter une pleine lumière sur la véritable cause qui fortifiait Elisabeth contre le mouvement naturel du Parlement vers Tindépendance et vers Tautorité. C'était le péril permanent du pays , c'était la patriotique préoccupation des intelligences, Tinstinct des populations qui se serraient autour de la reine contre Rome et contre l'étranger *. Le Parlement ne s'avançait parfois contre Elisabeth que pour reculer aussitôt, sachant avec raison qu'il ne serait suivi que par quelques puritains et quelques philosophes. Lorsqu'il fera un pas contre Charles I*% toute la nation sera derrière lui, et sa persistance

• C'est avec une perspicacité remarquable que du Vair écrivait : « Le Parlement a eu antie'nnement beaucoup d'àuthorité en ce royaume-là, mais aujourd'hui il tourne partout où la renie le veuJt , parce que les prélats dépendent d'elle , les barons sont en petit nombre qui ne lui oseroient déplaire, et le peuple a senti tant de douceur et de commodité de son règne qu'il consent à tout ce qu^elle détire. » — Advis sur la eonstiiuti<mi etc.

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