CHAPITRE VI. U
nation, n'avaient point laissé aux esprits le temps ^ de se pénétrer et de s'éprendre profondément des différences qui séparaient le protestantisme anglican de r Église romaine. C'est sur ces différences que l'initiative du souverain reste toute-puissante, jusqu'au jour où les événements auront identifié le protestantisme avec l'indépendance et les libertés du pays. Jusque-là, les partis extrêmes, catholique et puritain, demeurent isolés au milieu de l'indifférente docilité de la nation. De là aussi une facilité commode, pour les politiques de ce siècle, de passer, sans trop de scandale, d'une religion à l'autre, et de ne point laisser leur croyance faire obstacle à leur fortune. Avant de redevenir , sous Elisabeth, le plus ferme appui de l'Église anglicane, William Cecil avait défendu, jeune encore, la suprématie de Henri YIII ; mais , dans l'intervalle , il s'était montré, sous la reine Marie, catholique irréprochable, avait gardé et entretenu chez lui son confesseur, et avait enfin mérité d'être choisi pour aller chercher à Bruxelles et conduire à Lon-
dres le cardinal Pôle , légat du pape . Parmi les hommes d'État contemporains de lord Burghley, il en était bien peu qui eussent conservé le droit de lui reprocher ces variations religieuses; elles ne l'empêchaient même point d'être, à cette époque, l'espoir des protestants sincères, le confident et le serviteur d'Elisabeth persécutée, et plus tard rSconnaissante. Elle aussi, elle avait cédé à la nécessité, entendu la messe, subi la confession, professé le catholicisme , et elle avait rapporté de ces épreuves la même indifférence que son ministre sur les débats religieux de son siècle.
Ses penchants naturels et l'instinct prévoyant de sa politique la portaient plutôt à favoriser dajis l'Église anglicane ce qui restait du génie catholique qu'à y développer ce qu'elle contenait d'éléments nouveaux. Elle aimait la pompe dans le culte et la docilité dans la doctrine , et la royauté remplaçant le Saint-Siège lui semblait, à vrai dire, la raison d'être et le dernier mot de la réforme. Le véritable esprit du protestantisme , ses libres