‹ Élisabeth et Henry IV, 1595-1598Chapitre 57 sur 145 · CHAPITRE VI. 1S · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 1S

comté de Suffolk, vit aveo déplaisir que la plupart des ecclésiastiques du comté étaient mariés et ne cacha pas sa désapprobation. Bien plus, la présence des ménages ecclésiastiques , établis dans les dépendances des cathédrales et des collèges , lui parut si inconvenante qu'elle lea en expulsa et leur interdit d*y rentrer. Ses conseillers avaient peine à modérer, sur un tel sujet, Texpression d'un sentiment si peu convenable au chef légal de rÉglise anglicane ; et ses évéques les plus fidèles ne pouvaient entendre sans scandale ses libres invectives contre « la sainte institution du mariage. » Elle ne prenait guère plus de goût aux leçons venues du haut de la chaire , et elle traita souvent comme une insolence la liberté chrétienne de la prédication. L' évoque de Londres, Vaughan, s'étant élevé devant la reine contre le luxe du costume et en faisant un obstacle au salut, fut menacé de se voir faciliter le chemin du ciel par l'enlèvement de sa crosse et de son manteau. L'évêque Budd, préchant devant elle le carême de 1596,

aborda un sujet autrement délicat pour Elisabeth qui souifirait impatiemment l^approche de la vieillesse, et dont la plus grande faiblesse fut de vouloir jusqu'au bout rester jeune. Le prédicateur s'étendit sur la combinaison mystérieuse de certains nombres, sur les années climatériques de la vie humaine et parvint, au travers de cette science douteuse , à se faire entendre asssez clairement pour émouvoir là reine. « Vous feriez aussi bien, lui dit-elle , de garder pour vous votre arithmétique ; mais je vois bien que les plus grands clercs ne sont pas les plus sages. » Et tendant à ses voisins un joyau orné d'une devise très-finement gravée , elle les pria de la lire ; ils n'eurent garde d'y réussir et elle lut tout haut la devise avec un naïf empressement, vive et spirituelle réfutation de ce docte et maladroit sermon.

Elle aimait d'ailleurs chez les évêques un libre et splendide genre de vie. Leurs richesses , leur luxe, le respect dont ils se faisaient entourer étaient à ses yeux utiles au prestige de l'Église établie et

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