CHAPITRE VIL
règne, et les attribuant à ses desseins trop docilement suivis'par la reine, rendait fréquemment témoignage, par l'impopularité de son nom, de la haute opinion qu'on se faisait de sa puissance. Cette puissance fondée sur la raison , sur la nécessité, sur de longs services, employée avec un admirable ménagement et jamais compromise en des intérêts secondaires, ne pouvait que s'accroître et s'accrut jusqu'à la mort de celui qui avait su la garder aussi bien que l'acquérir. La fortune, dans cette cour sujette à de brusques changements , ne fut point un seul instant infidèle à sa vieillesse ; ce fut sa vie qui fit défaut à sa fortune. Les infirmités ne récartèrent point de sa souveraine, elle y compatit et fit plier l'étiquette devant ce corps usé à son service. Devenu goutteux, il fut le seul homme qui se fût jamais assis devant Elisabeth. Elle lui disait avec une noble et charmante gratitude « qu'elle ne le goûtait point pour ses mauvaises jambes, mais bien pour sa bonne tête. » Il alla s' affaiblissant vers la mort; au mois de dé-
cembre 1597» de Maisse le vit si cassé et si sourd qu'il le jugea plus vieux qu'il n'était L'année sui* vante, il s'éteignait lentement, en même tempa que Philippe II. La reine allait le voir , et se bais* sant pour entrer dans sa chambre, disait à ses gentilshommes c qu'elle n'en ferait pas autant pour le roi d'Espagne. » U mourut le k août 1598* Longtemps après sa mort , Elisabeth ne pouvait parler de lui sans pleurer , et si le nom de son vieux conseiller était par mégarde prononcé devant elle, elle détournait la tête pour cacher son émotion*
Burghley ne fut pas un grand homme ; on ne peut appeler génie la merveilleuse perspicacité de cette ambition que la sécurité rendit patriotique, et qui n'avait longtemps été que le moins scrupuleux des égoïsmes. Il fit tout par calcul et l'on doit croire qu'il appliquait à ses propres affaires sa curieuse méthode d'examen préalable , où nous voyons le pour et le contre des résolutions politiques mis en regard et symétriquement oppo*