‹ Élisabeth et Henry IV, 1595-1598Chapitre 70 sur 145 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

cérter la sagesse et de renverser les projets du plus habile politique. Il avait une légitime confiance dans sa force et il le montrait en assistant sans impatience et sans indiscrète jalousie , à Télévation extraordinaire et au crédit insolent des plus heureux favoris de la reine. Il ne s'empressait pas de les attaquer 9 il les servait au contraire et les laissait tomber. Leur inévitable infatuation faisait contre eux ce que ses conseils n'auraient pu faire , ety mis à Taise par sa patience, ils passaient devant lui comme des rois de théâtre. 11 vit les disgrâces de Leicester ; s'il eût vécu davantage , il eût vu l'exécution d'Essex, et il y fut, à vrai dire, représenté par son fils.

Ces deux hommes, qui n'eurent d'autre trait commun que la faveur déclarée d'Elisabeth, étaient vus d'un œil bien différent par la nation • L'impopularité de LeiCester dépassa toutes bornes, le poursuivit jusqu'au pi^ du trône, et après tout lui fut salutaire, puisqu'elle l'instruisit à ne compter que sur l'affection de sa souveraine, et le

réduisit à lui plaire, en lui enlevant l'espoir de la gouverner. La popularité d'Essex fut au contraire la joie de savie et la plus forte cause de sa ruine ; elle l'emporta jusqu'à lui faire réclamer, l'épée à la main, une influence qu'il était las d'acheter par l'hypocrisie prolongée de l'amour. Accusé d'avoir commis et de méditer toutes sortes de crimes, nourri dans la défiance et aiguillonné par la mal* veillance publique, Leicester se tint sur ses gardear et donna rarement prise à ses ennemis. Une ridicule discussion soulevée au Parlement de 1571 * fit répéter qu'il songeait à faire déclarer un jour héritier du trône un enfant qu'il eût supposé né de la reine et de lui. Sa faveur croissante, la visite pro-

1 II s^agissait de réternelle question de la succession au trône, et, parlant d'Elisabeth, le bill proposé conte* nait ces mots ; Lawful issue of her body. % Lawful parut irrespectueux y impliquatit que la reine pouvait avoir d'autres enfants que des enfants légitimes, et l'on y substitua <c naturdl issue, » ce qui devint suspect et fit * accuser Leicester, dont les partisans avaient provoqué ce changement, d'avoir fonijé toute une conspiration sur cette expression équivoque.

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longée pendant dix-neuf jours dont la reino fho* nora pendant Tété de 1575» ne désannèrent point ses adversaires, auxquels un triste événement vint Tannée suivante donner Tappui de toute la nation. En 1576« un homme, aimé du peuple et de TarméOt ennemi déclaré de Leicester, lui attribuant hautement son injuste disgrâce et Texil honorable du commandement militaire de /Irlande, Walter Devereux, comte d'Essex, fut emporté à Dublin par une mort subite qui devint aussitôt, aux yeux de tous, un crime de Leicester. En vain Tautopsie et Fenquéte la plus scrupuleuse absolvaient le favori, il fut montré au doigt par toute T Angleterre comme Tempoisonneur d'Essex ; conmie seize années auparavant, son veuvage subit et trop opportun Pavait fait passer pour Tassassin de sa fenune. En i 578, Ton apprit avec -horreur qu'un mariage

secret venait de Tunir à la veuve du comte d'Essex *• Cette fois, sa faveur fut en péril et ses enne-

^ Il répousa même deux fois , le père de la yeuTe d^Essex ayant jugé le premier mariage une garantie

mis pleins de confiance ; il avait commis le crime qu'Elisabeth savait le moins pardonner. Il devait encore se tirer heureusement de ce défi jeté à la fortune. Accablé d*abord par la toute-puissante colère d'Elisabeth, emprisonné, il se releva plus aimé que jamais. Son absurde conduite aux Pays- Bas , son rôle équivoque dans l'affaire de Marie Stuart, purent bien troubler un instant mais non pas diminuer une faveur qui ne cessa qu'avec sa vie, qui fit supporter sa mort impatiemment par

insuffisante contre les caprices de Leicester : « Quam- « vis enim secreto illam in nxorem duxisso perhibere- « tur , Francisons tamen Elnolles , Laetitiae pater , qui c yagos Leicestri amores noverat. crederenoluit,yeritus « ne filieB illudcret, nisi ipse praesens cum paucis testi- «c bus et notario publico matrimonii fœdus conjungi « Tideret. » Camden , p. 278. C'est par allusion à ce mariage que Camden dit, à Toccasion de sa mort : « Alic quandiu mulieiosus, demum supra modum uzorius, » p. 536. — Elisabeth l'emprisonna (Aikin, II, 69); puis sou ressentiment se détourna, pour ne jamais s'éteindre, sur la nouvelle épouse de Leicester. Ce fut une des plus difficiles et des plus inutiles victoires du jeune comte d*£ssex que de décider Elisabeth, bien des années plus tard, à receyoit une seule fois sa mère, veuve de Leicester.

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