‹ Élisabeth et Henry IV, 1595-1598Chapitre 72 sur 145 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

a pas aujourd'hui dans toute l'Angleterre un homme aussi bien fourni d*amis que le petit comte d'Essex, et que depuis la mort du roi Edward* personne ne fut aussi pleuré que son père. » L'étrange union de celui qui passait pour le meurtrier de son père avec sa mère vint en aide à la destinée qui le poussait vers Elisabeth et, en 1588, Leicester mourant le laissa au pied du trône. La reine avait cinquante-cinq ans ; un heureux mélange de respect et de fierté, des manières chevaleresques, une flatterie ingénieuse et surtout un commencement de gloire ajoutaient un nouvel attrait aux vingt et un ans du comte d'Essex. Dès lors commencèrent, pour ne cesser qu'avec sa vie, les vives tendresses et les vives douleurs d'Elisabeth. Le naturel emporté et changeant de ce jeune ' homme, tour à tour si noble et si méprisable , était fait pour la ravir et pour la désespérer.

Elle aimait sa bravoure et son imprudence, alors même qu'elle feignait de s'en plaindre et de les réprimer. A Lisbonne où il avait fait jeter ses

leo eTlisabeth et henri iv.

bagages pour remplir ses voitures des blessés de Tarmée, en France où il avait servi et admiré Henri IV, dans les colonies ravagées de l'Espagne, il semblait combattre pour la reine plus encore que pour soa pays , et les doux reproches que lui attiraient des dangers trop librement cherchés, paraissaient lui être plus chers que la gloire. A la cour, il se parait de sa faveur avec un orgueil qui ne déplaisait pas à sa souveraine ; il provoquait en duel un gentilhomme qu'Elisabeth avait distingué dans un tournois ; lui-même , toujours jaloux du premier rang dans ces fêtes brillantes, y revêtait sa galanterie de devises et de scènes symboliques, auxquelles ne dédaignait pas de s'appliquer le génie de ce Bacon qui devait un jour demander sa tête avec la plus servile éloquence. Connaissant la curiosité à la fois féminine et politique de la reine et le prix qu'elle attachait aux sûres informations venues de l'Europe, Essex ne laissait pas échapper ce moyen de lui plaire. Antoine Bacon , le frère aîné du philosophe , lui vendait le fruit de

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