‹ Élisabeth et Henry IV, 1595-1598Chapitre 74 sur 145 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

provoquée par son insolence, parut à ses partisans le présage de sa ruine. La reine ayant résolu de charger d'une mission en Irlande William KnoUes, oncle d'Essex, celui-ci, qui voulait éloigner de la cour Georges Garew, proposa ce choix à la reine et Tappuya des plus impérieuses prières. Les voyant inutiles , il tourna le dos à Elisabeth avec un rire de mépris. Deux ennemis d'Essex, le grand amiral et le secrétaire Robert Gecil assistaient avec une joie contenue à cette querelle qui passa leur espérance. Blessée au cœur par cette publique et grossière injure, Elisabeth s*élança sur Essex et le frappa au visage avec une imprécation *. La main sur la garde de son épée, écumant de* fureur , le comte fut avec peine retenu et conduit hors de la chambre par Tamiral. Quelques jours après, la reine et le favori se pardonnaient leurs

* « Sui immemôr et obseqtlii negligens , incivilius, « quasi ex despicientia tergum obvertit et subsannaTit, c illa impatientior alapam impegit et in modam rem abire c jussit. Uie gladii capulo manum admovit, » etc. — Camden , 718. — « Go and be hanged. » Aikin , Il , 403.

mutuels outrages et se croyaient à jamais réconciliés. Bientôt survinrent des griefs moins bruyants et plus graves ; des menées avec l'étranger , une conspiration, une révolte ouverte conduiront avant trois ans Essex à Téchafaud; même alors, ses crimes , et ses mépris , plus sensibles que ses crimes, n'auront pas entièrement eflfacé cette tendresse malheureuse, et ce n'est pas sans combats qu'on arrachera l'ordre de son supplice à l'âme déchirée d'Elisabeth.

Condamnée à prononcer, à soixante-huit ans, l'arrêt de mort de l'honame qu'elle avait ardenmient aimé, qu'elle aimait encore, se condanmant ellemême à vieillir seule et désolée , trouvant à peine la force d'accomplir ce dernier sacrifice dans son honneur offensé et dans l'évidente nécessité d'assurer , contre l'impatience des ambitieux , la fin menacée de ce long règne, Elisabeth éprouva enfin une de ces grandes douleurs qui autrement eussent manqué à sa fortune trop constante , et qui devaient tôt ou tard venir rétablir l'équilibre dans

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