‹ Élisabeth et Henry IV, 1595-1598Chapitre 75 sur 145 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

cette glorieuse existence, favorisée de toutes les satisfactions de l'orgueil et de l'exercice toujours heureux du souverain pouvoir. Cette expiation était due, d'ailleurs, à sa grande, à son unique faiblesse, à cette vanité crédule qui fut tour à tour repue des plus ridicules flatteries et éprouvée par les plus cruels outrages. Elle qui se plut à se voir rechercher par tous les princes de l'Europe, qui se faisait dire et aimait à répéter qu'un amour malheureux était le fond de la haine et dés complots du roi d'Espagne *, elle qui voulait feindre une éternelle jeunesse, qui étalait et couvrait de diamants des charmes flétris, qui étonnait les ambassadeurs *

^ Elle dit un jour à de Maisse que plus de quinze personnes avaient été envoyées par Philippe II , pour la tuer et Tavaient avoué , « et me compta là-dessus un compte d'un sien trésorier des finances qui disoit que c'étoit la forée d'amour qui faisoit faire cela au roy d'Espagne, et que c'étoit un dangereux amour. » Jour" nal^ 257.

s II n'est pas d*audience où de Maisse ne remarque « sa robe en manteau ouvert, > qui laisse voir c toute la gorge et assez bas » et le geste familier qui lui faisait « souvent, comme si elle eust trop chaud, eslargir avec

par son costume et par sa liberté , elle apprit durement qu'elle était vieille , qu'on la trompait et qu'elle ne pouvait acheter un véritable amour. Elle avait lu, à soixante ans, avec un ravissement puéril j la lettre où Raleigh disait , se plaignant d'être éloigné d'elle : < J'avais la douce habitude de la voir monter à cheval comme Alexandre, chasser comme Diane , marcher comme Vénus , de l'entendre chanter comme un ange, jouer de la lyre comme Orphée * ; » elle eut la mortification dé

les mains le devant dudit manteau. » — He&tzneri qui la vit à soixante ans écrit :.itHer bosom was «ncoyered, « as ail the English ladies hâve it till thej marry* > Drake, Shaksp^ vol. II, 89. — Du Vair écrit : « Bien que âgée de soixante-trois ans, elle s'habille encore en jeune Elle. » Advis $ur la ComUtution.

' Drake,II, 147.— La curieuse dénonciation écrite par Marie Stuart , en novembre 1584 , contre lady Sbrewsbury, contient des exemples de cette flatterie , hardie jusqu'au ridicule : « Qu'on n*osoitTOUs regarder à plain d'autant que votre face luisoit comme le soleil. » Mais les femmes d'Elisabeth n'osaient s'entre-regarder c de peur d'éclater de rire des cassades qu'elles vous donnoient. i Les relations d'Elisabeth avec Leicester, Hatton, le duc d'Anjou, Simier, rapportées à Marie Stuart par lady Shrewsbury, sont, dans cette môme lettre,

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