‹ Élisabeth et Henry IV, 1595-1598Chapitre 77 sur 145 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

reine et attirait tous les yeux. Elisabeth le lui envoya demander, le revêtit, et, se promenant devant ses femmes, elle les consultait sur son nouveau costume. Elle demanda bientôt à lady Howard elle-même sMl n'était pas un peu court, et, en effet, il convenait mal à la grande taille de la reine. Lady Howard l'ayant avoué : « S'il ne me va pas parce qu'il est trop court, reprit Elisabeth, il ne vous va pas parce qu'il est trop beau ; il n'est dojic fait ni pour l'une ni pour l'autre. » Le mauvais goût des courtisans et leurs modes n'étaient pas à l'abri de son contrôle : « Je me souviens, écrit Harrington, qu'elle a craché sur l'habit frangé de sir Matthew; puisse Dieu m'épargner de semblables plaisanteries. » Enfin , ses filles d'honneur ne la mécontentaient pas impunément; la belle miss Bridges fut un jour cruellement frappée; il est vrai qu'elle passait pour être aimée d'Essex. Mais ces violences n'avaient pas toujours une cause aussi grave. Elle levait volontiers la mam sur ce charmant entourage, et, au mois de mai

1597, Un courtisan écrivait à Harrington qu'on entendait ces belles jeunes filles crier et supplier d'une façon pitoyable K En vérité , disait Robert Gecil, elle était plus qu'un homme et parfois moins qu'une femme •

Son avarice n'était pas moins célèbre et était mieux justifiée. Les ambassadeurs français, qui raillent cette avarice, oublient qu'ils venaient sans cesse lui emprunter de l'argent, et qu'ils ne le rapportaient pas toujours. Leur réputation de débiteurs insolvables était aussi bien établie en An« gleterre que l'avarice incontestée de la reine, et on en faisait un trait du caractère nf^tional <* Du

1 « Feuton tellt us in a letter to sir John Harrington, dated May 1597, that it was < in^uch wise as to make c thèse fair maids ofteu cry and bewall in piteous sort. » — Drake, II, 151.

' Camdem dit qu'on reprochait aux Français : « An- € gloB, hodie amioos, non xninui quam olim hostes, « innato odio, ingrat|3j> rose qui, et ioties in re pecuniaria « fefeîîisse ut creditores, quos fraudare statuunt , les An^ c gloii diyerbio vocitent. » "- Camden, 569. — - C'est un curieux témoignage de l'antiquité et peut-être de Torigine de cette expression restée populaire.

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Vair, de Maisee sont étonnés du revenu régulier qu* Elisabeth se faisait avec les étrennes de ses courtisans. Le premier les évalue à soixante mille écus ; le second écrit que Tanniversaire de sa naissance, de son couronnement étaient d'inévitables occasions pour tous ses courtisans de lui faire des cadeaux» même en argent; qu'elle acceptait les plus petites sommes quand on ne lui offrait pas autre chose; que chaque année le comte d'Essex lui donnait environ dix ou douze mille écus. Ses voyages à la campagne étaient un honorable im^ pôt levé sur ses hôtes ; en outre, elle n'aimait pas h sortir de leur toit les mains vides ; on lui faisait des présents, parfois elle se les faisait elle-même ; elle emporta un jour, sans en avoh* été priée, de la maison du garde des sceaux, une fourchette, une cuiller et une salière d'agate* Enfin, on osait acheter ouvertement sa justice , et elle n'était pas à Tabri d'une vénalité qu'elle eût dû réprimer chez ses serviteurs. « Je vais m'aventurer, écrit Harrington dans son journal, à offrir à Sa Majesté

cinquante livres en argent et quelque joli joyau ou quelque beau vêtement , en la priant seulement de s*occuper de mon affaire avec quelque membre de son savant conseil; vingt-cinq manoirs, qui sont en jeu , justifient ma tentative. » L'attachement le plus mérité Y Taffection la plus vive étaient sur elle sans influence dans les questions pécuniaires. Christophe Hatton , un de ses plus utiles serviteurs, mourut blessé au cœur des dures réclamatiens de la reine dont il était le débiteur, et qui essaya trop tard elle-même d'atténuer Teffet de ses exigences. A la mort de Leicester, elle était son créancier et elle fit vendre ses biens à l'enchère pour rentrer dans son argent. N'oublions pas cependant que la politique et l'intérêt supérieur du pays l'emportaient toujours dans cette âme, maîtresse d'elle-même, sur ce penchant misérable que les plus fortes passions ne pouvaient vaincre, et qu'elle ne crut jamais payer trop cher, malgré les plaintes de son peuple, l'élévation de Henri lY, l'affranchissement des Pays-Bas et tout ce qui

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