‹ Élisabeth et Henry IV, 1595-1598Chapitre 79 sur 145 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

avertir I avec une incomparable hauteur, que la situation de ses États ne lui permettait pas de se faire beaucoup d*ennemis, qu'il n'était point ferme en selle , que pour elle , elle n'était pas née de si bas lieu et ne gouvernait pas si petit royaume qu*elle se laissât insulter par aucun prince vivant ^ Et ce n'étaient point de vaines paroles ; les grands dangers, comme les insultes, enflammaient son courage. Si jamais l'image antique de l'épée sus^ pendue sur la tête des souverains fut justifiée, c'est à la cour d*Élisabeth« Entourée de conspirations renaissantes, elle resta seule toujours tranquille

* £gerton, 06^ et eollect. De Mesmes Leitrêi originales d'Étai , tome III , fol. 241.— Au mois de mars 1588 , elle adressa à Henri III, par Stafford, un admirable mémoire confidentiel sur la situation de son royaume, sur la politique à suiyre Tis-à-vis du roi de Navarre, sur l'ambition des Guises et de TEspagne. Elle lui donne des conseils, lui offre des alliances et lui montre ses fautes avec un bon sens et une liberté mêlée de hauteur qui la peignent tout entière. Une copie de ce mémoire a été prise par le secrétaire Pinart chez l'ambassadeur anglais et est jointe à la réponse insignifiante de Henri III dans la colkction Béthune.

au milieu de ses serviteurs troublés. Et cependant le péril réel, déjà très-grand, était agrandi par la crédulité du siècle. C'étaient des poisons subtils qui devaient se glisser jusqu'à elle par des présents, par des lettres ; c'était une main ennemie qui , passée sur la selle de son cheval, devait suffire pour en rendre le contact mortel ; c'étaient enfin les insaisissables fantômes de la sorcellerie qui hantaient son palais et sa personne. Elle conserva sa liberté d'esprit au milieu de ces épreuves journalières ; elle ne la perdit pas au milieu des plus violentes tempêtes. Son attitude devant l'approche de l'Invincible Armada lui donna le droit, dont elle usa librement, de parler avec mépris de ceux qui avaient eu peur. Enfin , dans le dernier et dans le plus pressant danger qu'elle eût jamais èouru, quand tout le monde autour d'elle fut ébranlé par le faux bruit que les partisans d'Essex étaient les maîtres de Londres et allaient paraître , ce ne fut point la crainte qui l'émut, mais l'indignation et le ressentiment de l'affection trompée.

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