CHAPITRE VII
français , espagnol ou italien. Enfin elles la suivaient dans l'étude de l'antiquité ; le latin, le grec, les essais de traduction étaient en honneur autour de la brillante élève d'Asham, qu'elle avait étonné à seize ans en comprenant, non-seulement l'idiome d'Eschine et de Démosthène, mais le fond de leurs débats et la politique de ces temps reculés avec la précocité du génie.
Mais toutes ces marques d'une civilisation brillante ne cachaient qu'imparfaitement ce que les esprits et les mœurs avaient encore gardé de barbarie. Le sang ne faisait horreur à personne ; on allait sans honte se repaître de celui d'un ennemi, et de cruels spectacles, goûtés de tout le monde, aguerrissaient les femmes elles-mêmes contre la vue de la douleur. Les auditeurs de Shakspeare allaient voir, en grande pompe, un ours ou un taureau attaché à un poteau et lentement déchiré par les chiens *. La reine se plaisait à ce jeu , et on
1 D^autrefois l'animal aveuglé était poursuivi à coups de fouet et frappé jusqu'à la mort. Drake, II, 176. — Ce
Taccusait en Italie d'en augmenter Tattraiti en faisant revêtir de peaux de bêtes des catholiques destinés à périr sous ces morsures. Ces grossiers plaisirs, le peu de prix attaché à la vie humaine, des habitudes violentes, se mêlant à Textréme culture de Tesprit et aux élégances de la vie la plus recherchée , ne permettent pas d'oublié que TAngleterre justifiait alors, aussi bien que le reste de FEurope civilisée, le mot ingénieux de Voltaire, qui appelait le xvr siècle t une robe de soie et d'or ensanglantée. »
plaisir était si bien passé dans les mœurs que Sackyille, imitant la description de la nuit et du repos universel du monde au iy« livre de r£n^'<ie , ajoute ce trait au tableau de Virgile :
The ugly bear now minded not the staJce Nor how Uko oroel mastiTes do him tMT.
Ce spectacle habituel avait donné lieu à une métaphore proverbiale ; un sorcier accusé d'avoir causé la mort de Leicester , avoua l'avoir prédite , en disant : « The bear is bound to the stake. » Aikin, II, 235.