‹ Élisabeth et Henry IV, 1595-1598Chapitre 88 sur 145 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

par la joie mal cachée que ses départs y faisaient naître. Mais sMl semblait ordinairement ne revenir que pour se plaindre, et si ses griefs, souvent exagérés, altéraient toujours entre Elisabeth et lui la joie de se revoir, jamais il n'avait encore éprouvé de ressentiments plus légitimes, jamais non plus il ne s'y livra avec plus de violence qu'après cette infructueuse expédition. Non-seulement des changements considérables et dirigés contre son influence étaient venus ébranler son crédit et jusqu'à un certain point menacer son honneur, mais de Maisse le trouva indigné de la perfidie avec laquelle ces coups lui avaient été portés.

Avant son départ et comme pour l'encourager à partir, ses adversaires lui avaient tendu la main. Lord Burghley était même venu chez lui, parler de sa vieillesse, de sa mort prochaine, de l'incertitude où il était de le revoir, et enfin des craintes que lui laissait pour l'avenir de son fils la puissante

inimitié du comte ; il venait y mettre un terme, et

finit en recommandant Robert Gecil à son généreux ennemi. Essex partit avec confiance. À son retour, il trouvait Robert Gecil chancelier du duché de L^castre, lord Cobham, un ennemi déclaré, gouverneur de Douvres et gardien des cinq ports, enfin Tamiral Charles Howard fait comte de Nottingham, ayant désormais sur lui le droit de préséance, et ce qui frappait Essex au cœur, élevé à ce rang par des lettres patentes où le nom et la gloire d'Essex étaient injustement rabaissés par l'éloge du nouveau comte. Burghley n'était pas mort et le futur orphelin avait montré qu'il savait se protéger tout seul. Refusant de paraître à la Qêur, d'aller au Parlement, se plaignant avec une hauteur imprudente et menaçant sans cesse l'État de sa retraite comme d'une calamité pu|iique, Essex laissa voir à de Maisse que sa puissance était mal assurée et à la merci de son caractère inégal et emporté. Cependant lorsque Fontaine «lia le voir de la part de l'ambassadeur de France, il le trouva plus calme ; la reine, à qui cette vive

Page 1