CHAPITRE VIII
douleur n* avait pas déplu \ laissait dire à la cour que les lettres patentes de T amiral seraient modifiées, que le 6 décembre, jour assigné, disait-on, pour la première audience de Tambassadeur français, Essex pourrait y paraître sans se croire déshonoré.
En apportant en Angleterre des paroles dç paix, en venant délier, au nom de la nécessité, les engagements contractés par Sancy et Bouillon et resserrés par Foucquerolles, de Maisse consultait plutôt son devoir et le service du roi que ses inclinations personnelles. Mais si quelque chose pouvait rassurer sa conscience, le mettre à Taise visà-vis de TAngleterre et lui faire embrasser avec
' Êcrirant, le 31 décembre, à M. de Villeroy, et toujours occupé de la querelle, tour à tour assoupie et ranimée, d'Elisabeth et d'£ssex, de Maisse dit avec esprit et vérité : « Ce sont là eiercices ordinaires de cette dame, et depuis que je suis icy ne s'est parlé d'autre chose que de cette brouillerie de cour. » Joumalt 134. — Plus tard, dans une dépêche au roi, il écrit à ce sujet que « la reine est bien aise de Toir les siens en pique et y prend son exercice. » Journal^ 156.
une certaine chaleur Tobjet de son ambassade, c'était à coup sûr Timpression que firent sur lui pendant ces premiers jours le langage et les dispositions des Anglais à Tégard de la France. Il fut profondément blessé de la hauteur protectrice par laquelle on faisait trop chèrement payer à son pays les secours intéressés de la reine. Il ne vit pas sans sourire Tavidité naïve avec laquelle on se reprochait d'avoir laissé échapper Calais, en se promettant une prochaine revanche de cette générosité maladroite. Il découvrit enfin avec indignation qu'on aimait mieux voir Calais aux Espagnols qu'à la France, qu'on ne négligeait rien pour les y maintenir; qu'on songeait à leur livrer Flessingues en échange d'une place si convoitée, et à prévenir, par une double trahison envers la France et les États-Généraux, l'accommodement redouté de Henri IV avec Philippe II. Mais ce qui devait achever de lever ses scrupules, c'est qu'il sentit aussi vivement que ses prédécesseurs la jalousie mêlée de crainte que la France, renais-