‹ Élisabeth et Henry IV, 1595-1598Chapitre 90 sur 145 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

sant après les guerres civiles, inspirait aux hommes d'État de TAngletecre *. Ce sentiment était général et n'était pas nouveau. Parfois il était aveugle et allait jusqu'à souhaiter un complet affaiblissement de la France, qui fût devenu funeste au peuple anglais. Lorsqu'en 1590 les Espagnols,

* De Beaumont (Mémoires sur les affaires â^Angîeterre) écrit avec précision et vérité : « L'amitié du passé s'est tournée en une jalousie extrême, et l'intérêt de la conservation en crainte du trop d'establissement. » Fa^isant la part du caractère d'Elisabeth, il dit qu'elle craint qu'on n'ait plus besoin d'elle et qu'on ne la méprise. < Je laisse à penser comment la crainte du mépris peut altérer l'âme d'une princesse courageuse et âgée. » Sur l'opinion générale, il ajoute : « L*ancienne inimitié des Anglais contre la France ne peut estre si bien esteinte que tous ne portent envie à notre bien , tenant ce vieux mot entre eux que quand la France a esté en guerre, ils ont esté en repos, et au contraire la paix de France leur attire la guerre. » — De Maisse écrit , à son tour , que les Anglais « n'aiment pas veoir notre royaume en repos ni se f émettre sus, et sont toujours bien aises de nous veoir travaillés. » Ajoutons ce curieux passage d'une lettre de Walsingham, écrite, il est vrai, en 1576 à H. Sidney, mais établissant cette maxime générale : « Hère at home, we live in security as "we were wont, « grounding our quietness rp'm other's harms. ^ Cité par Aikin, II, 54.

appelés par le duo de MerccBit-, ocoupèrent la Bretagne» une joie inintelligente se fit jour autour d'Elisabeth. On oubliait Tinconvénient d*avoir les Espagnols pour voisins; on parlait de s'unir avec eux, de se saisir des ports de la Normandie et de la Picardie; on répétait avec complaisance la maxime de Charles le Téméraire : « que les voisins de la France seraient heureux lorsqu'elle aurait vingt rois au lieu d'un, t Elisabeth, plus sensée encore que généreuse, imposa silence avec dégoût à ces basses convoitises. « Le dernier jour de la France, dit-elle, sera la veille du dernier jour de l'Angleterre. »

Mais elle n'avait plus à craindre de voir succomber la France ; elle n'était plus inquiète que de son trop rapide affermissement. Sur les propositions apportées par de Maisse, elle n'avait pomt de parti pris et ne savait que décider. Une paix générale , qui eût amplement payé l'Angle terre de ses longs efforts contre l'Espagne, n'était pas entièrement contraire à ses désirs, surtout

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