CHAPITRE VIII
perdu. C'était d*abord sa taille , toujours noble et imposante, qu'elle faisait ressortir avec art, et qu'elle faisait paraître un peu plus élevée par l'épaisseur de ses chaussures. C'était encore et surtout un air de grandeur qui lui était naturel, et qui, loin d'exclure, lorsqu'elle le voulait, la grâce de son accueil et la courtoisie de ses manières, leur donnait un nouveau prix.
Malgré les égards dont elle comblait l'ambassadeur, elle parut l'écouter avec quelque impatience et laissa percer dans tous ses mouvements une sorte d'inquiétude. Elle se levait et se rasseyait sans cesse, se plaignait du feu et finit par le faire éteindre, bien qu'elle en fût assez éloignée et qu'un grand écran l'en séparât. Enfin elle resta debout pour écouter et pour répondre, disant à de Maisse qu'elle prenait grand plaisir à être debout, qu'elle recevait souvent ainsi les ambassadeurs, et qu'ils se plaignaient quelquefois de sortir fatigués de ses audiences. Elle fit quelques pas pour le recon-
SOe ELISABETH ET HENRI IV.
duire, recevant en même temps les saints de tous les seigneurs présents, et s'excusant pour eux de son costume négligé comme elle T avait fait pour de Maisse. Lord Burghley venait d'arriver porté en litière. Essex n'avait point paru. Il acceptait, comme une sorte de réparation, les offres de la reine ; mais il croyait de son honneur de ne point paraître à la cour avant d'en avoir vu l'accomplissement. Elisabeth exigeait, au contraire, cette marque de déférence; mais tout en refusant de capituler avec un de ses sujets, elle était préoccupée de l'absence opiniâtre de son favori.
Cette première audience n'avait instruit l'ambassadeur que de la disposition de la reine à retarder la paix et à se dérober, en ce qui la concernait, à toute réponse précise. De Maisse lui apportait une lettre de Henri IV, digne en tout point du plus spirituel des rois de France. Il y faisait entrevoir sa détermination en faveur de la paix, tout en laissant à Elisabeth la liberté de choisir, et tout en se montrant animé personnellement d^une ardeur guer*