CHAPITRE VIII
rière d'autant plus vive * (|ue la politique lui défendait de s'y livrer. Il terminait, avec une certaine noblesse, en mettant Tintérét commun des deux couronnes au-dessus de toutes les considérations particulières, et en demandant les bons conseils d'Elisabeth. Celle-ci avait paru dans cette audience bien éloignée de lui en donner. Elle avait choisi le parti commode de ne prendre au sérieux ni ces préliminaires de négociation, ni la personne des négociateurs. Elle sembla espérer de convaincre de Maîsse quç l'Espagne se jouait du roi et d'ellemême. Le cardinal Albert n'avait aucun pouvoir de traiter avec personne, et encore moins avec elle qu'avec Henri lY. Quant à Bichardot, son nom
* « Pour moy, je ne me lasserois jamais de combattre pour une si juste cause comme est la nostre. Je suis né et eslevé dans les travaux et périls de la guerre. Là aussy se cueille la gloire ^vraye pasture de toute âme Trayment royalle, comme la rose dedans les espipcs... » Journal, 64. Cette lettre n'a pas éiç publiée par M. Bergier de Xivrey. Il l'a indiquée à sa date, 12 novembre 1597, dans l'intéressante nomenclature des lettres qui ne sont pas comprises dans sa collection.
206 ELISABETH ET HENRI lY.
seul dans cette affaire lui découvrait le piège. N*avait-il pas essayé de la tromper en 1588, et ne Tabusait-il pas, par une apparence de négociation, pendant que la grande Armada faisait voile pour l'Angleterre? Elle épargna dans cette première audience le reste des négociateurs. Mais le lendemain elle riait au nom de Villeroy, et trouvait, pour désigner le général des Cordeliers, Catalagirone, cette expression de postillon du roi d'Espagne, qu'elle se plut depuis à répéter souvent devant l'ambassadeur de France. Une conférence, qui eut lieu le 10 décembre entre de Maisse et lord Burghley, assisté de l'amiral, acheva de montrer que la reine ne cherchait qu'à gagner du temps. Les pouvoirs de Richardot furent de nouveau mis en question, et l'on ne parut disposé à écouter l'ambassadeur de France qu'après une vérification de ces pouvoirs. De Maisse s'en excusa, et, le lendemain, à une nouvelle conmiunication de Burghley sur ce sujet, il répondit, dans une lettre courte et ferme, que cette démarche