CHAPITRE VIII
entraînerait deux mois de retard, qu'elle était aussi inutile que contraire aux affaires du roi, qui n*eût point envoyé un ambassadeur en Angleterre, s'il eût douté de ces pouvoirs *.
Dans cette situation, que rien ne venait encore changer, les Anglais usant toujours de cette défaite et de Maisse refusant de s'y laisser prendre, la seconde audience d'Elisabeth, que l'ambassadeur obtint le 15 décembre, devait être aussi infructueuse que la première pour l'objet principal de sa négociation; mais elle lui fit mieux connaître la reine qu'il observait avec une légitime et inlelli-
gente curiosité. Le matin, s' étant regardée dans son miroir et s'étant trouvé mauvais visage, elle avait dit qu'elle ne voulait point être vue ainsi et
1 De Maisse alla le lendemain, 12 décembre, visiter le comte d'Essez. « Il est de grande stature et quasy rousseau et est homme d'entreprise, et parle assez bon françois; il estentièrementadonné aux armes et à la guerre... Il est tout son conseil lui-même... Il me fit beaucoup d'honneur et se montre très-affectionné au roy, je crDy que c'est autant que peut estre un Anglois. » Joumaît 251.
ftlO ELISABETH ET HENRI lY.
avait contremandé Taudience. Cependant elle changea d*avis et envoya chercher Tambassadeur. Il la trouva dans la Chambre privée, debout près d'une fenêtre, ayant meilleure mine que la première fois et toujours vêtue avec un grand luie, mêlé d*étrangeté. Sa robe de taffetas noir, taillée à ritalienne, était ornée de larges bandes d'or; les manches ouvertes et doublées xle taffetas cramoisi. Au-dessous de cette robe, s'entr'ouvrant comme un manteau, en était une autre de damas blanc, ouverte elle-même ; un peignoir dénoué complétait son costume \* Sa coiffure était la même que la première fois ; mais elle y avait ajouté un bouquet de perles, dont quelques-unes parurent à de Naisse merveilleusement belles. Elle portait des bracelets,
1 « Une robe dessous de damas blanc, ceinte et
ouTerte derant , aussj bien que sa chemise « tellement qu'elle ouvrait souvent cette robe et lui voyait-on tout Testomac jusques au nombril... Elle a cette façon qu*en rehaussant la teste elle met les deux mains à sa robe et rentr'ouvre, tellement' qu'on lui veoit tout Testomac. > Journal, 256.