‹ Élisabeth et Henry IV, 1595-1598Chapitre 97 sur 145 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

et des colliers de perles s'enlaçaient six ou sept fois autour de son bras. Elle reçut de Maisse avec une extrême bienveillance, alla s'asseoir, et, laissant de côté les aiTaires, s'abandonna à des digressions bien capables de les faire oublier.

Toujours incrédide au sujet de la paix offerte par r Espagne, elle rappelait les promesses du roi, et entre autres cet engagement mal tenu de la délivrer, par une expédition en Bretagne, du voisinage des Espagnols. De Maisse venait confirmer cette promesse et assurait qu'au (Printemps le roi marcherait contre le duc de Mercœur. Elisabeth dit qu'il n'en ferait rien, ajoutant que le roi était fort occupé d'une dame qu'elle ne savait comment nommer. Puis, laissant plusieurs fois échapper le nom de Gabriel : « C'est le nom d'un ange, dit-elle, mais je n'en connaissais point de femelle. » Elle en revint bientôt à parlci' d'elle-même; c'était son sujet de conversation ie plus ordinaire, et il n'y avait pas lieu de s'en plaindre. Elle se déclarait.

selon son habitude, sotte et vieille; elle regrettait surtout qu* après avoir vu tant de gens sages et de grands princes, de Maisse fût enfin venu voir une pauvre femme et si sotte. L'ambassadeur ne demeura pas sans réponse ; il dit à la reine les biens, les vertus et les perfections qu'il avait entendu raconter d'elle par les princes étrangers; mais tout cela n'était rien au prix de ce qu'il voyait. Il remarquait en parlant le plaisir que causaient ses paroles, et il s'étendit sur l'habileté célèbre de son gouvernement. Elle ne songea plus à s'en défendre, mais plutôt à l'expliquer : il fallait bien que, par force, elle eût quelque connaissance des affaires du monde, y ayant été appelée et mêlée si jeune, depuis près de quarante années qu'elle gouvernait cette couronne. Et elle ajoutait et répétait sans cesse que cela lui venait surtout de labonté de Dieu. Elle devait à Dieu plus que personne au monde; et considérant les entreprises faites sur sa personne et sur son État, elle représenta vivement à de Maisse son perpétuel péril. S'indignant contre le

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