LIVRE II
litc. Dans cet emLarras, ils se tenaient à l'écart, près de la porte de la ville, lorsqu'ils virent passer près d'eux une jeune fille qui venait puiser de l'eau à la fontaine. Un long voile retenait une partie de sa blonde chevelure, l'autre s'échappait sur un cou plus blanc que l'ivoire; elle était belle, mais l'éclat de sa beauté semblait terni par les larmes qui coulaient sur ses joues. Pâle et abattue, elle s'avanrait, et elle était semblable au jasmin qui incline doucement sa Icte chargée de la rosée du matin. A l'aspect des deux voyageurs, elle rougit, s'arrête, et parait incertaine; cependant, bientôt après elle s'approche, et levant sur eux un œil timide, elle dit : a Étrangers, j'ignore quel projet vous conduit dans nos murs; mais quel qu'il soit, la maison de Rahab vous est ouverte; venez vous y reposer sans crainte : vous n'aurez point à vous repentir d"y être entrés. » Les deux Israélites, charmés de sa proposition , u'hésiteTit point à l'accepter. Issachar surtout, ému de la beauté de cette jeune fille, et touché de sa pudeur, se sent entraîné par une puissance invisible qui agit sur lui à son insu, a Qui êles-vous, lui demanda-til, vierge charmante, vous dont la charité ne dédaigne point deux malheureux voyageurs? Je ne suis point une vierge, répondit-elle en soupirant amèrement; les odieux prêtres de
i;8 LA PRISE DE JÊRÎCIÎO,
JBaal aLusèrent de ma jeuncsssc et de mon in- Tiocence; et quand je me souviens de ces jours d'égarement, qui nétaicnt qu'absinthe et que •fiel, mon âme demeure abattue en dedans de moi, Ah ! si le dieu d'i sraël voulait prendre pitié de mon repentir et me laver de mon opprobre, je le prierais sur les hauts lieux, et je m'offrirais moi-raome en holocauste pour apaiser sa colère. Ah! reprit vivement Issachar, puisque votre ame s'est conservée purei, et que vous gémissez sur vos fiiutcs, vous trouverez grâce devant rÈternei. Oui, ajouta Iloram à voix basse, si vous sauvez les fils d'Israël et les aidez dans leur euireprise,tous vos péchés vous seront remis, et le Seigneur vous absoudra. » A ces mo's, la jeune fille se rassura, ses yeux brillèrent d'un doux éclat, et cTc se mit en devoir de conduire les voyageur? dans sa maison : Issachar lui prit la main; -.ous deu-? marchaient à pas lenls devant Koram', en soupirant involontairement. La nuit était belle et fraîche, un vent léger agirait le feuillage des paimiers; les fleurs qui naisscînt sans culture autour de Jéricho exhalaient dans l'air leurs plus doux parfums ; on entendait les gémissements de la colombe amoureuse, et dans le lointain, l'im- ■nétueux Jourdain faisait retentir le bruit de ses flots. Issachar contemplait en silence la tou-