LIVRE II. >i
gnez point la fatigue , ni le passage du fleuve impétueux j je vous porterai dans mes bras , heureux de marcher chargé d'un fardeau si doux! Non, reprit-^elle , je n'abandonnerai pas mon vieux père , ma mère et mes sœurs , à la colère du roi; il faut même que vous me promettiez de respecter leur vie quand vos frères entreront dans Jéricho. Nous le jurons, ô généreuse fille ! s'écria Horam. Quand vous verrez Israël en armes , ayez soin de lier un cordon pourpre à la fenêtre que voici; ensuiie vous retirerez tous vos parents dans votre rnaiscn, ef quiconquey demeurera, son^ang sera sur nous, si un des nôtres le répand; mais aussi quiconque en sortira, son sang sera sur lui, et il ne nous en sera pas demandé compte. Que ce soit ainsi que vous l'avez dit, reprit Rahab; maintenant partez, enfants de Jacob, profitez de l'instant où ia lune, obscurcie par les nuages, vous dérobe aux espions qui nous environnent. Mais, ditissachar, qui sait si les impies de Jéricho, nous voyant échappés à leurs poursuites, ne tourneront pas leur colère contre vous? Quoi ! je vous abandonnerais à leur furie, vous, la libératrice d'Israël, l'élue du Seigneur, la bienaimce d'Issacharî Non, non, viens avec nous, 6 la plus belle des filles, viens trouver le bonheur sous ma lente; je ne toifrlrai pas la pour-
i86 LA PRISE DE JERICHO,
pre, les riches broderies, les mets exquis dont Jcricho s'enorgueillit, mais des fleurs fraîches comme ton teint , et du lait pur comme mon cœur. Ah ! tu n'as pas besoin d'ornement pour être belle : viens, l'Eternel l'a dit; il n'est pas bon que l'homme soit seul : consens donc à être mon épouse. O fils dlsraël ! répondit Rahab émue , le murmure subit d'une fontaine est moins doux à l'oreille du voyageur altéré , qae tes discours ne le sont à mon cœur, et depuis long-temps je soupirais après toi comme Tenfuut nouveau-né après le sein de sa mère ;^ mais, je te Tai dit, je n'abandonnerai point pour ton ainour ceux de qui je tiens la vie; pars cependant sans inquiétude, et confie -toi au Tout- Puissant : il veillera sur nous, et saura bien me sauver de la main de l'impie. Assurément, s'écria Horam , TEtcrnel ne délaissera pas celle dont la foi est si vive et si sincère. Mais nous, Issachar, parlons sans différer, notre présence accroît les dangers de notre libératrice; et, en nous livrant comme elle à la bonté 4u Seigneur, nous mériterons d'ctre sauvés comme elle. »
Horam, ayant parlé ainsi, se glissa le long de la corde, et descendit dans la campagne. Issachar le suivit à regret. « Adieu, Rahab, ditil, je cède à la crainte de nuii^ à ta sûreté.; mais dans trois jours tu viendras me rendre la