LIVRE H
vie dans la lallée de Janoé. J'irai au-dcyant de tes pas, je t'écouterai venir, la vue sera pour moi comme l'herbe tendre à Tagneau aiTaraé. Ne tarde pas à nous rejoindre ; si je ne te voyais pas venir, je croirais quq les infidèles ont attenté à ta vie, et je reviendrais mourir avçc loi. Généreux Issachar, reprit-elle en lui tendant les bras, qui suis-jc pour mériter uii pareil sacrifice? Non, quoi qu'il m'an'ive, )e l'ordonne de rejoindre tes frères et de respecter tes jonrs , ils apparliennent au Seigneur. Adieu , adieu , s'écria -t- il de loin en s'agenouillant devant lîahab, adieu, ma bien-aimce, mon amc ne te quille pas, elle reste attachée aux lieux où lu os; cl si rÉternel entend ces vœux, il veillera Lien plus à ion salut qu'au mien. ;3 Rahab aurait voulu répondre, mais la, doulcar afïaiblissuit sa voix, dont le son mourant ne frappail
.plus que le vague des airs; car Issachar, eii- U'aîné par Horara , dont leilioi précipitait la marche, élaildéjà loin dans la plainç. Quelque
, temps elle le dislingue encpre ; bienlôt l'obscurité le dérobe à sa vue, et ses regards inquieîs
,Hi perdent dans la vasle nuit, Elle retient son haleine , elle prête unie oii'eille attentive aux pas des deux. ïsraciiies, qui retentissent sourdement dans le silence , peu à peu décroissent, se confondent avec le bruit de l'air, el âe perdent en-
fin tout-à-ftit. Mais lors même qu'elle a cessé d'entendre, elle écoute encore; et si le v^iit, en s'élevant, agite dans le lointain les flots du Jourdain , éperdue , il lui semble qu'elle a reconnu les gémissemenls de son bien-aimé que les soldats du roi surprennent et arrêtent. « O Eternel ! s-écrie-t-cîle la face prosternée contre terre, et la poitrine oppressée de sanglots, sauve l'ami de Rahab ; que mes membres sanglants soient déchirés par l'infidèle, mais qulssachar soit en sûreté. Hélas! il fuit, et mon bonheur s'éloigne avec lui. Parce que je ne le vois plus , mes yeux versent des larmes amcres , et tout est en désordre au-dedans de moi. Ah! qu'il puisse trouver sur sa route desj fruits pour satisfaire sa faim, une fontaine pour étancher sa soif, et au pied des cèdres un gazon frais pour favoriser son sommeil! Puissant Dieu d'Israël! que tous tes bienfaits tombent sur lui! donnemoi toutes ses peines, et doT^nc-lui tous mes plaisir», car je l'aime plus que le ramier n'aime la jeune couvée qu'il réchauli'e de ses ailes et de son amour. »
Tels étaient les vœux et les sentiments de la jeune Cananéenne, qui se laisse asservir par de terrestres désirs, sans ch'^rcher à les réprimer, car elle ne sait point encore que le culte du Seii^ncur demande un cœur plus épuré, dans