LIVRE TROISIÈME
Ce fut par une protection divine qu^Horam et I$sachar échappèrent à la rencontre des troupes qui les cliercliaient dans les plaiues de Jéricho, depuis Engalim , sur les bords du grand lac , jusqu'aux montagnes d'Éphrem, à l'orient d'Ai. Chaque fois qu'ils s'approchaient d'elles , Dieu les entourait d'une nuée épaisse; ct^^ sous cet ahri céleste, ils eurent bientôt gagné le torrent de Carith , qui sépare la vallée de Janoé des cavernes de Salim. Horam voulait le traverser, afin de s'éloigner davantage du danger; mais ïssachar ne put se résoudre à le suivre. Tl disait :
«Non, je ne quitterai pas la vallée; en restant ici je la verrai plus tôt, je saurai^ plus tel que Ilahab est sauvée. Allez, Horam, laissez- moi seul , ne risquons pas qu'on nous découvre tons deux, afin qu'un de nous du moins aille rassurer Israël. Faible enfant de Jacob , répartit Horam, est-ce donc ainsi que vous vous confies dans le Tout-puissanl? Doutez-vous donc qua s'il veut sauver R liab, tous les efforts des infidèles ne feront pas tomber un cheveu de sa tôtt; ? Celui qui nous a soustraits à la mort d'une manière si miraculeuse, n'aura-t-il pa.s le pouvoir
LA PRISE DE JliFJCHO, LIV. IIL 19 1
de fermer les y(m% de l'impie sur les démarches de la fille de Canaan? Je vous ai vu plus résigné quand nous marchions vers Jéricho. Ah! je ne craignais alors que pour moi , répondit douloureusement Issachar ; mais c'est pour nous que Rahab s'expose ; l'aimable 'fille de Jéricho est en danger, et Issachar Ta abandonnée. Qui sait si maintenant des barbares ne l'arrachent pas de son asile pour la livrer à la vengeance du roi ? Peut-être elle m'implore , et je ne l'entends pas. Ah! quaud viendras- tu ici, fille charmante? Je vais monter sur le haut de la colline, au pied de ces oliviers sauvages, et là je jure de ne prendre ni repos, ni nourriture, jusqu'à l'instant où je t'apercevrai dans la plaine. Oh ! quand je verrai tes regards timides se tourner autour de toi pour chercher Issachar, quand ta douce voix fora retentir les échos dc son nom , et que tes pas légers se dirigeront vers le lieu doù il te répondra, quels vœux lui restera-t-il à adresser au Seigneur? Est-ce bien vous que j'entends, s'écria Horam indigné ? Quoi ! l'amour d'une femme remplit tous les vœux d'un serviteur de Dieu? Aveuglé par une beauté fragile, qui bientôt ne sera que poudre, il oublie l'immortelle gloire promise à Israël! repentez-vous, Issachar; car l'Éternel est un Dieu jaloux, qui ne veut point qu'on lui préfère a-.icun objet ter-
restre ; craignez que votre folle passion n'excite son juste ressentiment , et que pour vous mieu:!^ punir, il ne le fasse tomber sur Rahab. O Éternel! prends pitié d'elle, et ne châtie que moi, s'écria Issachar dans un torrent d'amères douleurs ; si je t'ai offensé , ne la rends pas victime de mon égarement. Ah! si c'est un crime de vouloir l'amour de Rahab, frappe-moi. Seigneur, car nul ne fuip'us coupable ni plus résolu à l'être toujours. Fille trop chérie ! ton image a pénétré jusque dans la moelle de mes os, et le sable d'Aram, que le soleil dévore, est moins brûlant que mon amour. Viens, hâte-toi, car ta présence peut seule calmer les transports de ma douleur ot cette ardeur inconnue qui me consume comme les feux du midi flétrissent la fleur du désert. Adieu, je fuis, s'écria Horam en s'cloignant précipitamment; je crains que le Scigucur, irrité de l'exeès de ton délire, ne fasse tomber sa foudre sur ta tête , et n'engloutisse tout ce qui t'entoure. Je vais m'enfoncer dans les cavernes de Sajim, jusqu'à ce que Rahab, fidèle à sa promesse, vienne nous douncr les lumières qui doivent éclairer notre général ; je les recueillerai de sa bouche, et j'irai 'es porter au camp d'Israël ; et toi , si subjugué par le vil amour de la chair, enchaîné aux pieds de ta Cananéenne, tu refuses de repindrc avec