LIVRE m
moi les plaines do Moab , nos frères ne te regarderont plus que comme le violateur des ordres de Dieu , et t'abandonneront à sa vengeance. »
11 dit, et s'éloigna. Issachar ne s'en aperçut pas, à peine l'avait -il entendu; l'image de Raliab , empreinte dans son cœur, absorbait loules ses pensées. Couché sur la terre humide durant la nuit enlicre, exposé tout le jour à l'ardeur du solçil, il oubliait de se nourrir, et négligeait de sç cacher : sombre et rêveur, il parcourait en gémissant la riante vallée de Janoé, sans se reposer sous ses frais bocages, ni jouir de ses doux parfums ; appelant sa bienaimée, prêtant l'oreille au moindre bruit, le murmure des insectes et le balancement de l'herbe faisaient palpiter son cœur d'une espérance trompeuse, qui, en s'évanouissant, le livrait à une tristesse plus profo'ide encore. Tel le passereau solitaire exhale ses tendres plaintes sur le palmier où il attend sa compagne ; depuis qu'il en est séparé, il ne chante plus, il néglige son plumag/î, il dédaigne la figue succulente et la datte sucrée; il languit, il mourra si ses amours lui sont ôtées. Eh l qui pourrait vivre sans aimer? tout ne vit-il pas d'amour dans la nalure,depuis l'humble fleur dont l'astre du jour I ouvre le sein, jusqu'aux brillants séraphins qui
194 LA PRISE DE JERICHO, brûlent éternellement pour Diéu^^ 'ctt^ cliuntànt ses louanges autour de son trône? ^ *
Cependant, fidèle à sa parole, le trcîsfétnc jour après le départ des deux Israélites. Kafiufe remplit une corbeille d'osieW'ùn quartier d'agneau rôti, d'un pain de fleur de farine, 'd^ti'ii vase de lait frais; et, la posant sur sa lêt'ô', éîl6 s'achemine vers la retraite d'Issacliar, instruite de ce qu'elle doit dire aux deux He'breu? l'MHlS sa conduite a excité les soupçons'du roî ; il l'a entourée d'espions qu'elle ignore et qui la suivchl de loin : c'est donc elle qui va leur indiquer l'a' sile de son bien-aimé et le ïîvrî?r A soff ennemis. O Eternel! c'est ainsi que tu pci'meis à nôtre ignorance de nous pousser dans f abîme , afiTi de nous convaincre que devant tous nos maux à nos erreurs, et notre salut à la bonté, nous reportions vers toi seul ce tribut d'adoration et de reconnaissance que notre faiblesse est souvent prête à accorder aux créatures que tu as faites, et aux images taillées par nos mains.
Rahab est paiTenue à l'entrée de la vallée de Janoé; elle s'avance à Tombre dts palmiers; elle parcourt des bosquets de myrtes et de grenadiers, dont les fleurs rouges s'elTcuilienl en passant sur sa blonde chevelure. Bientôt elle entend uiie marche précipitée, elle dis'Jngac des accents entrecoupés : « C'est lui, c'est i'.'i,