‹ ElisabethChapitre 2 sur 28 · SUR HAUTEUR · texte numérisé non relu

SUR HAUTEUR

fut marqué par une I)oniic action et par un bon ouvrage; elle garda le plus profond secret et sur Tune et sur lautre.-'

Le roman de Claire d'Alhc ^ lorsqu'il parut, trouva dans le monde un giand nombre de partisans \ mais il trouva aussi quelques censeurs : madame Coîtin écouiaii les critiques et les éloges avec la même indiilércnce. Lorsque par la suite elle fut connue du pu- ])iic, elle regrettait sincèrement le temps ou tous les jours elle s'entendait louer, critiquer, juger avec franchise et sans aucun ménagement. Ce fut moins le succès de Claire (VAlbe que le besoin d'écrire et d épancher son cœur qui lui Ht reprendre la plume. Bientôt elle publia Mal^ina , qui n'eut pas moins de succès que son premier ouvrage; Amélie de Maiïsfield , remarquable par le phin et la composition; Matliildcy^u. l'on admice trois caractères tracés avec une grande supériorité; enfiTi, Elisabeth, ou les Exilés de Sibérie, où Ion retrouve pai^toui: la vive peinture des plus tendres et des plus vertueuses aiîl'ctions de l'homme. Ce dernier ouvrage de madame Cotf in est peut être le plus digne d'admiration. Par une bizarrerie assez extraordinaire, il a obtenu plus de succès ddos

les pays étrangers , et surtout en Angleterre, que dans la patrie de l'auteur. 11 en a paru à Londres plusieurs traductions et plusieui's éditions : tous les journaux anglais en ont fait le plus pompeux éloge, et il est devenu classique dans un pays qui a produit, dans ces derniers temps , uu si grand nombre d'ouvrages du même genre.

D autres écrivains ont mieux connu que madame Cottin le monde et ses ridicules; mais personne n'est allé plus avant dans les secrets du cœur, et n'a rendu les sentiments et les passions avec plus d éloquence et de vérité. Elle avait une si grande facilité , que ses ouvrages ne lui coûtaient presque point de travail. Elle ne déroha jamais un instaut ni à ses devoirs, ni à la société de se? amis. Quoiqu'elle ait beaucoup écrit, elle avait pour maxime qu'une femme ne doit point écrire. Dans la première édition d'Amélie de Mansfîeld , elle fusait une censure ti'ès amère des femmes auteurs , et ne songeait point à faire une exception pour elle. C'est avec beaucoup de peine qu'elle consentit dans la suite à supprimer ce passage qu'on lu» reprochait comme une inconséquence.

Elle était de si bonne foi dans cette opinion.

SUR L'AUTEUR. g

qu elle ne pouvait se consoler d'avoir publié des ouvrages , surtout des romans , et de S'être livrée aux jugements des lecteurs. Lx raison qu elle en donnait fait bien connaître son caractère : « Lorsqu^on écrit des romans, « disait-elle, on y met toujoars quelque chose « de son propre cœur : il faut garder cela (( pour ses amis. » Son plaisir était de composer un roman : lorsque l'ouvrage était publié, sa crainte et son ennui étaient d'en entendre parler. Lorsque ses amis louaient un de ses ouvrages , elle n'en était touchée que lorsque, dans leurs éloges, elle voyait une marque de leur amitié. Personne ne redoutait moins qu elle une critique purement littéraire. Lorsqu'un de ses ouvrages était jugé avec sévérité dans les journaux, elle était toujours de l'avis des critiques, et s'accusait ingénument d'avoir mérité leur censure. Pour se faire pardonner ce qu elle appelait ses torts, elle avait associé les pauvres au succès de ses ouvrages , et le produit en était toujours employé à des œuvres de bienfaisance. Dans les dernières années de sa vie, elle avait entrepris d'écrire un livre sur la religion chrétienne, prouvée par les sentiments : elle avait commencé aussi un roman

sur l'éducation , dont elle n Wait fait que les deux premiers volumes : une maladie ciuelle la surprit au milieu de ce dernier travail, dont elle attendait, disait-elle, la seule gloire qu'une femme pût désirer. Après trois mois de souffrances, qui ne furent adoucies que par les tendres soins de l'amiiié et les consolations de la religion, elle mourut le aS, août 1807, à IVige de trente -quatre ans.

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