LIVRE IV. 2o
celte fenêtre par laquelle il avait fui avec Horam, il aperçut le cordon pourpre. Aussitôt l'allégresse s'empara de son cœur, et sa bouche l'exprima ainsi : « Elle vit encore, puisqu'elle a placé autour de la maison le signe convenu entre nous. Quelle autre main l'eût pu faire! Sans doute Rahab respire tout près d'ici. » Et il écoutait s'il n'entendait pas la. voix de sa bien-ainiée; mais il n'entendait rien, car on était au milieu de la nuit, et tout dormait sur la terre. « Tu dors , ô la plus belle des femmes , tandis que mon cœur veille, que ma tôle est pleine de rosée, cl mes habits trempés de l'humidité de la nuit. Mais voici la voix de ton bi«n-aimé qui crie à ta porte : ne te montreras-lu pas, mon épouse, ma sœur? me laisseras-tu languir seul dans la solitude de la nuit? Comme le cerf altéré cherche l'eau des fontaines , ainsi mon cœur te désire , ô Rahab ' mais si tu tardes à paraître, tu me chercheras eu vain ; tu ne me trouveras plus , car j'entends le bruit de la ronde par la ville, et si la garde des murailles m'apercevait, elle saisirait celui que tu aimes, et il ne pourrait plus te presser dans ses bras, ni recevoir tes baisers plus doux que le miel, cl parfumés comme la myrrhe. x\dieu, ma bienaimée, adieu. Quand l'Eternel des armées permettra qu'Israël entra dans Jéricho, j'abandon-
2o6 LA PRISE DE JÈRÎCÎIO,
nerai le riche bulin, les vases d'or et les vêtements (ïe pourpre; je ne demanderai que toi, je ne veux que toi. A tes côtés, quand ta bouche me sourira avec tendresse, je serai plus riche que les plus puissants monarques; car tu es fcelle comme le grenadier en fleur, ta taille est semblable à un palmier, tes vêtements exhalent l'odeur exquise des cèdres, et ton amùur est délicieux à mon cœur. Fille tant aimée! quand jouirai-je de ta présence et de tes regards? Oh! qu'il vienne, qu'il vienne le jour où y rec avant la main des mains de 1 Éternel, je pourrai te nommer mon épouse à la face de tout Israël , el l'emmener dans renfoncement des lieux escarpés, là où fleurit le muguet de la vallée, et où on n'eiUendque le chant de la tourterelle amoureuse ! » Ainsi, durant toute la nuit, se plaint le tendre Issachar. Mais à peine voit-on l'aube commencer à blanchir la pointe du mont Hébal, qu'il retourne vers le camp de G?.! gai. C'est dan s ce jour qu'il sait qu'Israël doit marcher contre Jéricho, et qu'il espère retrouver sa bicn-aimée. Mais rîLternel , qui se joue des vaincs espérances de l'homme, en a ordonné autrement : en ce jour, il voulut élever davantage son serviteur Josué aux yeux de tout Israël , afin qu'il fût craint comme Moïse Tavait été pendant sa vie; et il lui communiqua sa parole une seconde