Y\\.\7.\ 1>E RHODES
Plus j'avance dans mon œuvre, plus je sens on moi Je consolations et môme de bonheur. Je me demande souvent pourquoi Dieu me récompenserait dans une autre vie d'actions qui me rendent heureuse dans celle-ci. Déjà j'ai réussi à élever vers le ciel des âmes désespérées. Depuis que je suis sûre de ma force, je me môle au monde, et je cherche à y exercer des influences bienfaisantes. La société italienne de nos jours est loin des passions profondes et extatiques du moyen âge; Florence est devenue une ville de plaisirs faciles , d'engourdissement intellectuel et moral ; c'est la vie des sens plutôt dans sa mollesse que dans ses débordements; l'idée religieuse haute et profonde y est presque inconnue ou du moins très-rare. Il est difficile de secouer celte somnolence ; mais il y a cependant au fond de tout cela une bonne foi, qui ne se rencontrerait pas sans doute dans une société où le mouvement de Vinlelli-
gence serait plus emporté. Aussi je ne suis pas sans obtenir quelque succès. Voilà ma vie : vous vous expliquez maintenant pourquoi votre physionomie , si empreinte d'amers regrets, a particulièrement attiré mes regards. Vous savez pourquoi je vous ai aimée dès que je vous ai aperçue. »
ïuvois, Eugénie, que mes pressentiments ne me trompaient pas, et que la mère Thérèse de la Miséricorde est un être extraordinaire. Je la quittai le cœur pénétré d'admiration ; mais n'en sentant que plus vivement ma faiblesse et mon malheur.
Adieu.
Nous avons supprimé quelques lettres de la comtesse , entre autres une adressée à M. Richard, parce qu'elle ne faisait que répéter à peu près la précédente.
Plusieurs semaines se passèrent encore en conversations avec la sainte du couvent,
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en ivvciises [H'oiiicnadcs iiii cri-piiscu!*' ^uv k's riunles rollinos d(^ ht Tosruno. Puis !a comtesse se rendit à Rome, et prit àCivita- Vecchia un paquebot qui la ramena en France. Apres quelques mois, elle arriva du mélange d'apaisement et de révolte où nous venons de la voir, à cette résignation pieuse, à cette mélancolie céleste qui est le seul bonheur des âmes sérieuses, éprouvées par les amertumes de la vie. Ce travail se fit lentement en elle et échappe à l'analyse la plus clairvoyante. Ce sont de mystérieux entretiens entre Dieu et la pensée humaine. Quoique plusieurs lettres nous soient encore tombées sous les yeux , nous avons redouté de fatiguerle lecteur de notre époque, si peu habitué aux œuvres un peu profondes, que le journal lui-même deviendra bientôt une nourriture trop substantielle. Nous n'avons donc recueilli que les lettres qui marquaient une transition importante dans lu vie d'Éliza de Rhodes. Nous l'avons con-
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duite de l'extrême désespoir aux larmes et aux demi-sourires d'une espérance encore douteuse. Dans les grandes douleurs réelles de la vie que nous avons traversées, la religion seule nous a paru exercer quelque influence sur les âmes passionnées , toujours tourmentées par le besoin de l'infini ; nous ne savons si nous sommes parvenu à peindre quelques détails de cette terrible lutte contre les décrets providentiels.
La comtesse ne tarda pas à retourner en Bretagne ; mais elle ne put se décider à habiter de nouveau le chalet qui lui rappelait des souvenirs si lugubres ! Nous sommes arrivés à la moitié de notre voyage. Quelques années séparent de la première la seconde partie de ce livre ; nous allons rencontrer de nouveaux personnages. La comtesse elle-même ne sera plus, pour ainsi dire , la femme que nous venons de peindre. Elle sera modifiée par le temps et l'expérience des choses humaines. Elle va
assister en quelque sorte en modéralricc et en conseil au spectacle des passions qui ont agité sa jeunesse. C'est là un peu notre histoire à tous.
Rien, selon nous, n'offre d'enseignements plus utiles et plus élevés que ces changements opérés dans une ame par le temps et la vie. Nulle leçon ne conduit mieux à la patience et à l'espoir consolant, deux vertus bien rares dans notre siècle si emporté et si dédaigneux de l'avenir.