‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 10 sur 94 · CHAPITRE m (j · texte numérisé non relu

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bientôt perdu tout espoir. Désespéré de ces lâches terreurs et plein de cette abnégation qui rend les cœurs généreux si promptement familiers avec le péril , Richard Bayley, prodigue de lui-même, lutta presque seul contre le fléau. Lorsque les jours d'épreuve eurent un terme, il le combattit encore, en l'examinant dans ses causes, dans ses progrès et dans ses symptômes divers.

Le livre qu'il publia eu 1795 sur la fièvre jaune, fut très -remarqué alors qu'il parut; le style en est concis et clair, les faits exposés avec méthode y sont appréciés avec sagacité : c'est avant tout une œuvre pratique, telle qu'on la pouvait attendre d'une expérience pénible et hasardeuse de la maladie. Les observations de Richard Bayley et plusieurs mémoires qu'il adressa au gouverneur Jay sur la fièvre de 1 798 , donnèrent lieu à l'adoption d'un ensemble de règlements proposés par lui, afin d'assurer à la ville les conditions d'un meilleur état sanitaire. Ses concitoyens furent redevables à son initiative , et ensuite à son concours, de leurs lois sur les quarantaines, lois de préservation si efficaces pour eux.

Pendant qu'il se donnait à ces travaux , souvent arides et fatigants, cet homme excellent ne connaissait pas de délassement plus cher que l'aimable société de sa fille et ses tendres soins. Tantôt Elizabeth échangeait avec lui ses impressions les plus intimes , l'associait à ses lectures et aux occupations de son esprit ; tantôt elle le retenait captif auprès de son piano pendant des heures entières, sous le charme de son jeu ou de sa voix. Si quelque rare circonstance les séparait, il y

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avait entre ce père vénéré et cette tille tendrement chérie un échange de lettres continuel. La gaieté , la confiance , le plein épanouissement du cœur, s'unissaient alors pour leur faire goûter les jouissances les plus douces, et s'alliaient chez tous les deux à une élévation d'esprit remarquable. De la part d'Elizabeth, il était bien rare que des pages commencées et poursuivies avec toute la gaieté de son naturel ne s'achevassent pas dans une pensée sérieuse. Nous trouvons ces quelques ligues écrites à la fin d'une de ses lettres les plus enjouées : « Tout à l'heure je lisais un livre qui me parlait de Dieu , du Très-Haut , du Très-Saint , dont la demeure est l'éternité. J'ai choisi çà et là, et j'ai transcrit quelques passages que je veux conserver pour ma fille. Que le monde semble petit aux yeux de la pensée , comme il disparaît ! Elles sont calmes et paisibles , ces heures de solitude que l'on passe dans la méditation de son Dieu : vraiment elles sont au nombre des moments les plus utilement employés , et le souvenir en demeure. Je termine mes occupations de la soirée en priant pour vous. Que la paix du Seigneur soit avec vous , mon père ! »

Bien qu'éloignée de lui , elle se voyait sous ton regard, comme s'il eût été présent auprès d'elle. « Votre esprit, lui écrit-elle, environne votre enfant, ([ui se garde de la moindre parole que vous pourriez condamner, et s'attache à faire tout ce qui mériterait votre approbation. »

Les prospérités d'ici-bas allaient bientôt déserter le foyer dElizabeth : elles en furent chassées par les événements survenus du dehors. L'orage, avant d'éclater,

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s'était formé au loin ; il troubla la sérénité d'un ciel sans nuages.

Les années qui suivirent la glorieuse guerre de l'Indépendance furent pour l'Union américaine une èr«^' de prospérité non moins que de grandeur. Le prodigieux accroissement d'une population libre et heureuse, les progrès de la culture et de l'industrie, le développement de la marine, l'extension des relations commerciales, portèrent à un haut degré le bien-être et la richesse publiques. Quand la révolution française , déchaînée sur le continent, eut allumé la guerre chez toutes les nations de l'Europe , la première mesure que prit Washington , alors président des États- Unis , fut de proclamer la neutralité du gouvernement fédéral, et de déclarer qu'une conduite amicale serait observée à l'égard de toutes les puissances.

Une politique si prudente semblait devoir assurer aux Américains un libre et paisible commerce avec les autres nations ; il n'en fut pas ainsi. Peu à peu les nombreux navires qui couvraient les mers et qui circulaient librement dans tous les ports, soit neutres, soit ennemis, sous la protection du pavillon étoile, portèrent ombrage à la France et à l'Angleterre. Chacun de ces deux pays considéra bientôt les Américains comme les facteurs du commerce habituels de ses ennemis. Agressif et soupçonneux , le gouvernement révolutionnaire de la Convention alîecta de voir dans l'acte de neutralité une marque d'ingratitude envers la France et de partialité pour son adversaire. Cette accusation était injuste; mais sitôt qu'elle se produisit, il fut facile de prévoir qu'elle amènerait sous peu la

rupture de l'alliance, ce fruit précieux de la politique de Louis XVF.

En effet, le droit des neutres ne tarda pas à être violé , bien qu'on fût en pleine paix. Plusieurs navires américains furent capturés, soit par des corsaires portant le pavillon français , soit même par des vaisseaux de guerre. Le congrès des États-Unis, jaloux de l'honneur national , demanda réparation d'abord par les moyens pacifiques ; puis, voyant ses réclamations demeurer sans résultat, il proclama que tout commerce entre les deux pays était suspendu , que les traités avaient cessé d'être obligatoires, et que la capture des vaisseaux français était autorisée.

La guerre ouverte entre deux grandes nations maritimes, longtemps amies , aggrava les désastres qu'avait déjà produits leur sourde hostilité. Aux Etats-Unis , William -Magee Seton fut un des premiers atteints dans cette crise. Dès l'année 1798, le flot delà prospérité s'arrêta pour lui. Il était père de trois enfants, et, préoccupé surtout d'eux, il souffrit cruellement du tourment d'esprit que lui donna le fâcheux état de ses affaires. Le trouble qu'il en ressentit s'effaça pourtant devant une douleur véritable. Cette année qui devait lui être si funeste lui enleva son père, brusquement emporté par la mort avant l'âge de la vieillesse. La perte de William Seton , qui en tout temps eût été un immense malheur pour tous les siens, fut aggravée par les circonstances au milieu desquelles elle les frappa.

Williara-Magee , à peine âgé de trente ans, chargé du souci de sa propre famille , se vit appelé à guider et à protéger une véritable tribu de jeunes frères et

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