CHAPITRE III
sœurs: son père laissait treize orphielins, dont les derniers entraient à peine dans la vie. Que de soins, quelle responsabilité pour l'aîné d'entre eux ! Mais il avait auprès de lui une femme tendrement dévouée, pieuse, pure, toute aux devoirs de son état. Avoir en partage un tel bien, c'est, dit l'Écriture sainte, une grâce au-dessus de toutes les grâces ^ . La tendresse d'Elizabeth pour son mari , son courage devant les revers qui fondaient sur lui, grandirent dans la mesure de ces épreuves. La crise commerciale durait toujours. Bientôt l'arrivage des vaisseaux qui se succédaient dans le port de New-York, n'apporta plus à William-. Magee que des nouvelles sinistres : la prise de ses cargaisons , l'embargo mis sur ses navires, la saisie de ses fonds retenus au delà de l'Océan.
Humble et calme devant ces désastres, également éloignée de la plainte et du découragement, Elizabeth sut posséder son âme dans la patience. Elle se confia en Celui qui permet les événements de notre vie; persuadée que la Providence , en ses rigueurs les plus sévères, a pour chacun de ses enfants des vues de salut. Résignée, mais à la fois courageuse et agissante, elle appliqua sa vive intelligence à seconder les efforts de son mari pour lutter contre l'adversité. Elle veillait avec lui pendant des nuits entières, écoutait ses combinaisons , l'aidait dans ses calculs et dans l'examen de ses papiers. « Si les cœurs et les fortunes s'abîmaient en même temps, disait-elle, cela ferait
' Gratiam super gratiam, mulier sancta et piulorata. — Eccli. XXVI, 19.
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mal les affaires. » Toujours humble et défiante d'ellemême, seule elle semblait ignorer la sagacité dont elle faisait preuve au milieu d'occupations qui jusqu'alors lui avaient été complètement étrangères. Avec une délicatesse et un soin infinis, elle se tenait dans l'ombre à côté de son mari. La mission qu'elle croyait avoir près de lui, était de le consoler, d'alléger le fardeau de ses peines , et surtout de lui inspirer, puisque l'épreuve le visitait , cet entier acquiescement à la divine volonté qui change les souffrances en mérites. Elle écrivait à son mari , dont elle se trouvait séparée momentanément : « Excusez la présomption de cette pauvre petite femme qui vient se mêler de vos affaires. Il est^ dans un autre ordre d'idées, des intérêts qui excitent en moi de bien plus vives préoccupations. Si je pouvais en assurer le succès, je m'estimerais trop heureuse; et jamais je ne vous fatiguerais de ce qui n'est en comparaison que la bagatelle d'un jour. »
Ainsi consolé, soutenu, doucement reporté vers les plus hautes pensées, William Seton supporta l'amertume de sa situation avec une âme ferme et chrétienne. Elizabeth , plus occupée de lui et de ses enfants que d'elle-même , écrivait à une de ses belles-sœurs : « Combien je voudrais pouvoir causer longuement avec vous, sans vous dire un seul mot de nos affaires ! Elles sont si tristes qu'on n'y peut penser. Mais cela ne vient nullement de mou William. Jamais mortel ne supporta avec autant de fermeté, autant de patience , les coups de l'adversité qui vont toujours s'appesantissant sur nous
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« Nous no devons pas nous attendre à avoir en cette vie ce qui nous plairait davantage : grâce au Ciel! car si nous l'avions, avec quelle facilité, nous perdrions de vue 1 autre vie, seul séjour d'une paix sans fin
« Ne boirons-nous pas le calice que notre Père nous a préparé? 0 divin Sauveur, c'est à l'amertume de vos souffrances que nous pouvons mesurer l'étendue de votre amour. Nous sommes assurés de votre compassion, de votre bonté; ce n'est donc pas en vain que vous nous appelez à souffrir. D'ailleurs, vous nous l'avez déclaré : si nous vous demeurons fidèles , toutes choses tourneront à notre profit. C'est pourquoi, puisque vous en avez ainsi ordonné , bienvenues soyezvous, pauvreté, déceptions, souffrances, maladies! Bienvenus, confusion, calomnies, mépris! Vos sentiers sont raboteux et semés d'épines ; mais mon maître m'y a précédé ! Là , nous voyons les traces de ses pas , et nous ne saurions nous plaindre. Cependant, ô divin Sauveur, vous nous soutiendrez par les consolations de votre grâce. Dès ici-bas, vous serez puissant pour nous soulager. Vous nous ferez don de votre paix , et nos afflictions seront oubliées. Bienheureuse paix , que le monde ne saurait ni nous donner, ni nous ravir ! »
De si hauts sentiments étaient naturels à l'âme d'Elizabeth; il est juste cependant de ne pas oublier que ceux qui lui tenaient de près en étaient pénétrés eux-mêmes. S'il en eût été besoin, ils auraient pu les lui inspirer. On verra plus tard quelles étaient les
sœurs de son mari , Rebecca , Henriette et Cecilia Selon, toutes les trois ses amies les plus chères. Lisons maintenant une lettre qui lui fut adressée d'Angleterre, et qui fera connaître une personne distinguée, appartenant à la génération précédente, Isabella Seton, lady Cayley, tante de William-.Magee.
L\DT THOMAS CAYLEY A ELIZABETIl SETON.
19 septembre 1800.
« Ma très -chère nièce,
« Les nouvelles que vous m'avez écrites m'affligent tellement, que je ne .saurais plus penser à autre chose, moi qui prends autant d'intérêt à ce qui vous touche, vous et votre mari , que si vous étiez mes propres enfants. Depuis que je sais les nouvelles complications qui ont encore aggravé l'état de vos affaires, je vis dans une anxiété continuelle, attendant de savoir comment vous, et mon cher William, soutenez 1 épreuve du changement complet de votre existence.
« Je ne doute pas que vos sentiments religieux ne vous fassent accepter patiemment, l'un et l'autre, des revers qui vous atteignent sans qu'il y ait, en quoi que ce soit, aucune faute de votre part. Et comme les grands et douloureux événements de notre vie, lorsqu'ils surviennent sans que nous les ayons attirés sur nous par aucun tort de notre conduite, ne nous arrivent jamais que pour notre profit, nous devons
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nous eiïorcer de nous y soumettre avec patience , sans murmurer contre eux ; attachant toutes nos pensées à découvrir de quel profit ils nous peuvent être, pour assurer notre bonheur éternel dans cet autre monde qui est au delà de celui-ci: nous persuadant que, pour plusieurs, le mauvais succès de leurs intérêts terrestres a été la plus grande des bénédictions au point de vue spirituel. Je veux espérer qu'aucun de vous ne s'est laissé abattre , et que mon cher et aimable William a conservé sa santé. Je veux encore espérer qu'au milieu de toutes ces épreuves , quelque combinaison se rencontrera qui pourra vous procurer les ressources suffisantes pour pourvoir à vos nombreuses charges. C'est là ce que je désire apprendre avec anxiété ; et je soupire après une lettre que votre chère main m'écrira elle-même pour m'en instruire. »
c( Quand le malheur frappe à'ma porte, je lui dis : Malheur , sois le bienvenu , si tu viens seul. » — Cette parole, familière aux peuples de l'Orient, ne semblet-elle pas le cri, à demi-résigné, de la faiblesse humaine? elle s'épouvante, car elle a découvert une des lois que la Providence suit habituellement quand elle nous distribue nos douleurs. Qui ne l'a éprouvé dans le cours d'une existence de quelque durée? nous sommes toujours visités de plusieurs alïlictions à la fois. La résignation chrétienne ne l'ignore pas ; d'avance elle se prépare à accepter ce que Dieu lui envoie ; non pas seulement en esprit de soumission, « mais « dans un esprit d'agrément et de complaisance ; avec « un accord , un consentement, un acquiescement éter-
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« nd, un o«2 éternel, pour ainsi parler, non de notre « bouche, mais de notre cœur, pour ses volontés « adorables '. » Et quand le moment de Tépreuve a sonné : «Bitnvenues, dit-elle, soyez- vous, souffrance, pauvreté, déceptions, maladies. Bienvenus, confusion, calomnies, mépris! » Voilà bien le langage qu'elle sait tenir; et nous venons de l'entendre.
Si quelque affliction cependant eût surpassé la résignation d'Elizabeth, c'eût été la nouvelle affliction qui l'attendait. De cruelles inquiétudes pour la santé de son père s'ajoutèrent tout à coup aux tourments de son âme. Le fléau de la fièvre jaune fit de nouveau son apparition dans New- York. A partir de ce moment, Richard Bayley passa la plus grande partie de son temps à Staten-Island , où les vaisseaux de provenance étrangère étaient retenus en quarantaine. Là, des scènes de détresse s'offraient chaque jour à ses regards. Le fléau sévissait surtout à bord des navires chargés d'émigrants irlandais. Des malheureux qui, depuis leur embarquement , entassés dans un entrepont, défaillants et malades, n'avaient plus cherché la lumière du jour, à peine arrivés dans le port, sortaient comme de pâles ombres des entrailh^s du vaisseau; la fraîcheur de l'air les saisissait, et ils périssaient par centaines. Partout on voyait Richard Bayley parmi les mourants et les morts. Charitable jusqu'à l'excès, il devançait chaque matin le lever du soleil, s'en revenait le soir à une heure avancée , et rapportait presque toujours entre ses bras quelque petit enfant qu'il venait d'arracher à une mort certaine.
1 Bossuet.
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Pour Elizabeth , retemie par s(;s devoirs envers sou mari et ses eufauts, il n'eût été ni sage, ui même possible (le s'associer à la périlleuse mission de son père. Son cœur l'aurait voulu ; sa raison lui lit comprendre que sa place n'était pas là. En fait d'oeuvres de dévouement et de charité , elle accomplit tout ce qui se trouvait à sa portée ; mais tant de souffrances qu'elle ne pouvait atteindre ne lui laissèrent pins un instant de repos. A la fin d'une des plus terribles journées pendant l'épidémie, elle écrivait à sa chère Rebecca, l'aînée des sœurs de son mari :
« Rebecca, je ne puis plus dormir; ces morts et ces mourants obsèdent mon esprit. Il y a là-bas de petits enfants qui meurent sur le sein tari de leurs mères expirantes. Ceci n'est pas de l'imagination, c'est la scène même qui m'environne. Mon père dit que jamais on n'a rien vu de pareil. En ce moment, il y a douze enfants qui vont certainement mourir, uniqueuient faute de nourriture ; ils sont hors d'état de rien prendre, si ce n'est le sein de leurs mères; hélas! et ces infortunées ne peuvent plus le leur offrir, parce qu'elles sont épuisées par la maladie qui les a dévorées à bord, taiidis qu'elles manquaient des aliments nécessaires, privées d'air, entassées dans un espace étroit, sans pouvoir changer de vêtements. Seigneur, père de miséricorde , que de grand cœur je donnerais à chacune de ces pauvres petites créatures une part du trésor de mon propre enfant , si cela seulement dépendait de moi! Mais, Rebecca, ils ont au ciel un protecteur : c'est là que seront consolées les angoisses de Tinnocence qui a souffert. »
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Connue elle le faisait entendre à sa sœur, Elizabetli avait été tentée de sevrer son enfant , pour se donner tout entière à ces pauvres petits, que la maladie avait privés du sein maternel. Elle s'en était confiée à son père; il l'avait détournée de cet héroïque dessein, lui représentant qu'elle se devait, avant tout, aux enfants de ses entrailles, confiés par Dieu même à ses soins.
Chez Richard Bayley, ce fut comme un pressentimeiit, d'épargner à Elizabeth le surcroît d'un nouveau fardeau, quand l'heure approchait où elle allait avoir besoin de tout son courage et de toutes ses forces. Exposé chaque jour à la mort, il prévoyait qu'il pouvait promptement donner à sa fille la douh'ur de le perdre. La carrière de cet homme illustre se termina d'une manière prématurée , mais digne de toute sa vie. Au plus fort de lépidémie , au mois d'août 1801, il était revenu à terre après avoir donné des ordres pour que réi[uipage et les passagers d'un navire irlandais qui émigraient avec la fièvre à bord, fussent conduits à des logements dressés sous des tentes et disposés pour recevoir ceux-là seulement qui étaient atteints de la maladie. Le lendemain matin, en se rendant à l'hôpital , il apprit que ses ordres n'avaient [)oint été exécutés: tous, passagers, équipages, hommes, femmes, enfants, sains ou malades, avaient été renfermés pèle-mèle dans une salle, et y avaient passé la nuit. N'écoutant que sa douleur et l'excès de son zèle, il entra en ce lieu précipitamment, sans attendre qu'on en tùt changé l'air mortel. Il n"y demeura qu'un moment, contraint qu'il
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fut iVen sortir : car à peine y était-il entré qu'il se sentit saisi d'intolérables douleurs à l'estomac et à la tête. On le transporta presque inanimé à sa demeure.
Elizabelh accourut auprès de lui, s'établit à son chevet, ne le quitta ni jour ni nuit, et lui prodigua les soins les plus terni res. Hélas! toute espérance de le conserver s'éloigna d'elle avec une effrayante rapidité. Trois jours à peine s'étaient écoulés, qu'elle ne comptait déjà plus sur les ressources humaines. « Votre cœur souffre pour moi , ma chère Kebecca , écrivaitelle à sa belle-sœur; hélas! et il en souffre en vain. Il y a si peu d'apparence de salut. Ce serait folie d'espérer; si ce n'est d'espérer en Celui qui peut rendre en un instant la santé à l'âme et au corps. Le cher malade ne supporte plus aucune nourriture et n'a pas un seul instant de repos. 11 reconnaît sa chère Elizabeth, et sait encore exprimer par son regard la douceur qu'il trouve à la voir. Quelquefois il lui tend la main. L'unique refuge de votre pauvre sœur est le Père qui est au ciel. Celui-là ne s'éloigne pas. Oh! qu'un tel refuge est doux à cette heure ! »
M. Bayley succomba le septième jour de sa maladie ^ Elizabeth fortifia son âme contre l'excès de la douleur par cette étroite union au vouloir de Dieu, par cet esprit de soumission qui ne l'abandonnait jamais. Il lui parut qu'un de ses premiers devoirs était de réagir
1 Richard Bayley laissa en mourant quatre fils et cinq filles. Une nouvelle illustration s'est ajoutée de nos jouis à son nom. Un de ses petitsfils, M. James Roosevelt Bayley, entré dans les ordres sacrés, après s'être converti à la religiou catholique , occupe maintenant, dans l'Etat de New-Jersey, le siège épiscopal de Newark, qu'il honore par l'éclat de sa science et de ses vertus.
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contre l'accablement qui menaçait de s'emparer d'elle après un coup si rude et si soudain. On la vit redoubler d'ardeur pour accomplir la tâche que Dieu lui avait confiée au milieu de sa famille : elle eut plus d'assiduité que jamais aux occupations de son intérieur et plus d'empressement encore à ses devoirs religieux. L'effusion de ses profonds regrets, après la perte qu'elle avait faite , n'enleva point à sa résignation son caractère de douceur. Elle pleura; mais elle n'eut pas ces larmes sans consolation de ceux qui jilewent, et qui n'ont pas d'espérance. On a d'elle à ce moment comme un cri de sa douleur soumise et tout appuyée sur Dieu.
« 0 mon Dieu, que nos âmes vous louent , que tout ce qui vous appartient soit consacré dès ici-bas à vous servir. Puis enfin nous vous louerons dans un jour sans nuit, tout resplendissant de vos joies éternelles. Là nos ténèbres, nos soucis, nos douleurs, seront dissipés à la clarté de votre lumière. Ces nuages et ces tristesses qui accablent maintenant les âmes de vos pauvres créatures errantes s'évanouiront sans laisser même un souvenir. Ces ronces qui maintenant se dressent sur notre passage, ces ombres qui nous voilent les rayons de vos vérités, tout aura disparu pour faire place à votre présence délicieuse, aux joies célestes et immuables que vous tenez en réserve pour vos fidèles serviteurs. »
Inquiétudes pour la santé de William-Magee. — On lui conseille un voyage en mer. — Il s'embarque avec sa femme et sa fille aînée. — Journal d'Elizabeth écrit pendant la traversée. — Arrivée à Livourne. — Entrée au lazaret. — La famille Filicchi. — Le vieux Luigi. — Il signer capitano. — La maladie de William-Magee fait des progrès rapides. — Privations dans le lazaret. — Angoisses d'Elizabeth. — Ses tendres soins pour son mari. — Secours puisés dans la prière et dans la lecture des livres saints. — Les naufragés. — Le gardien Filippo. — Souvenir d'enfance. — La fille du commandant. — La petite Anna Seton.
Dans l'été de l'année 1803, la santé de William- Magee, très-ébranlée depuis plusieurs mois, donna des inquiétudes sérieuses. Les médecins lui conseillèrent un voyage en mer pour raviver ses forces qui déclinaient. Que de promesses en ce seul mot : un voyage en mer : s'échapper des lieux où il avait soutFert, naviguer dans l'immensité, écouter gronder l'Océan, respirer son air fortifiant et pur ! Autrefois il n'aimait rien tant que la vie à bord ; maintenant , dans l'état de langueur oii il se trouvait, le changement, les distractions d'une traversée furent encore choses qui lui sourirent. Sous quel ciel ce voyage le conduirait-il? — Il n'hésita
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pas un instant; son imagination se transporta vers st'S amis de Toscane, les Filicchi , près desquels il avait passé de si douces années. Comme ceux qui ont vu de ])rès cette terre enchanteresse de Tltalie, il s'en était vivement épris , et n'avait pu s'en éloigner sans emporter l'espérance qu'il la reverrait plus tard. La pensée d'y faire un nouveau séjour avec sa chère Elizabeth , si digne d'en comprendre les souvenirs, la poésie et les merveilles, lui apparut comme un songe heureux, dans lequel il entrevoyait l'oubli des soufTrances de sa maladie et le charme de retrouver les émotions de sa jeunesse , doublées par la présence de celle qui les partagerait avec lui.
L'àme inquiète d'Elizabeth l'avertissait trop tristement de ce qu'elle avait à craindre, pour la laisser s'abandonner à ces rêveries décevantes, à ces vains projets d'avenir, qui abusent les malades jusqu'à la dernière heure, et causent les surprises de la mort. Un motif douloureux l'obligeait à s'éloigner de sa terre natale, une incertitude terrible planait sur l'issue de son voyage: rencliantement qui s'empare de toute imagination à la seule pensée de voir l'Italie était bien loin de son esprit. Elle se hâta de faire les préparatifs de son voyage, confia ses plus jeunes enfants à la tendresse de ses parents, et choisit pour venir avec elle sa fille aînée, Anna-Marie, alors âgée de neuf ans. Peu de jours avant son départ, elle écrivait à une de ses amies : ce Depuis que je ne vous ai vue, mon William a eu de nouvelles et pénibles souffrances. Ils disent tous que c'est témérité, que c'est presque folie à nous d'entreprendre ce voyage. Mais vous savez que nous ne raisonnons pas