‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 14 sur 94 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

dis que je me. tenais si fortement unie à toi par une prière incessante, et en action de grâces... Prière pour lui. Joie, étonnement, ravissement pour moi, de voir que ce secours sur lequel j'avais toujours compté si tendrement, avec une foi si affermie, une espérance si abandonnée, l'heure de l'épreuve étant venue, me soutenait, me consolait au delà de tout ce que j'avais pu espérer, même concevoir! Oui, je sentais que mon Dieu , lui qui peut tout, me soutenait, et qu'il me soutiendrait et qu'il m'aiderait du milieu de ses épreuves les plus sévères ; me donnant une force, une confiance, un abandon tel, qu'en une situation pareille à celle où je me trouvais, c'était au-dessus de ce qu'eût jamais pu espérer une créature humaine.... Ces consolations qu'il donne , qui les redira ? quelle parole essaierait d'exprimer ce que lui seul peut nous faire sentir?

« Dès le matin, sitôt que le jour a paru, agitation , désir de partir, de changer de place. — M. Hall' est venu avec M. Filicchi et le commandant; ils ont promis de revenir. — Nos journées et nos soirées se passent à nous occuper du seul nécessaire , avec une attention de plus en plus soutenue. Dans les moments où j'ai pu me tenir éveillée , j'ai écrit , selon ma vieille habitude ; et avec cette disposition d'esprit qui me porte plutôt à aller en avant qu'à m'appesantir sur les peines passées, j'ai écrit avec beaucoup d'intérêt un premier sermon pour mon cher petit Dick-. William ne va pas

' Ministre du culte anglican, résidant à Livourne. •■2 Dick, diminutif du nom de Richard, le quatrième enfant d'Elizabetli ; il était alors dans sa cinquième année.

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plu? mal; mais je suis bien occupée auprès de lui. Annette est un trésor. Elle lisait hier dans son Évangile que Jean-Baptiste avait été mis en prison. — Oui, papa, disait-elle, Hérode le mit en prison; mais Hérodiade le délivra. — Non, ma chérie, Hérodiade demanda qu'on le fit mourir. — Eh bien! papa, elle le délivra de sa prison, et elle l'envoya à Dieu. — Enfant selon mon cœur ! »

13 décembre.

« Cinq jours encore, et notre quarantaine sera finie. Nos logements sont retenus à Pise sur le bord de l'Arno. Autrefois, au seul nom de ce fleuve célèbre, mille idées poétiques se seraient emparées de mon esprit. Il est bien loin aujourd'hui des visions de la poésie ; une seule image est là , devant lui.

« Personne n'a jamais vu mon William sans être charmé de son amabilité et de l'attrait de toute sa personne. Mais voir maintenant ce caractère aimable transformé jusqu'à faire de lui le chrétien le plus doux, le plus humble ; soumis à la volonté de Dieu avec une patience plus qu'humaine , affermi dans sa foi par la piété la plus ardente : c'est une consolation qui m'était réservée à moi, pauvre femme et pauvre mère, destinée à ne plus connaître les autres joies qui accompagnent un tel bonheur. Il n'est ni souffrance maintenant , ni défaillance, ni angoisse qui puisse l'empêcher de me suivre chaque jour dans la prière, la récitation de nos psaumes , même dans la lecture souvent trèsprolongée de nos saintes Écritures. S'il se sent mieux ,

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il redouble (raltentiuii ; quand il est plus mal , il n'eu a que plus d'ardeur pour ne pas perdre un moment. C'est ainsi qu'il a toujours été depuis que nous sommes enfermés dans ces murs de pierre; toujours, excepté ce jour que nous croyions qui serait le dernier. Il dit souvent : « Soit que je vive, ou que je meure, je regarderai ce moment de ma vie comme un temps de bénédiction : c'est le seul temps que je n'ai pas perdu. » Jamais le moindre murmure. Ohl avec un regard vers le ciel : c'est la seule manière de se plaindre que j'aie jamais entendue de lui ; bien qu'il soit épuisé, presque réduit à rien, par les rapides progrès d'un mal dont la nature même est de ne pas lui laisser un instant de trêve entre l'irritation de la toux, les frissons, les suffocations , les défaillances, la faiblesse continuelle. Pourquoi es- tu triste, mon âme? Voilà les seules paroles dans lesquelles il semble trouver du soulagement. Souvent il parle de ses cbers petits enfants ; plus souvent encore, du bonheur de ne faire avec eux (]ViUne famille au ciel. Il parle de ceux que nous avons quittés, comme si ce n'était que d'hier; il regrette surtout notre cher Henry Hobart, dont les visites et la société lui eussent été une si grande consolation dans l'aiïliction où il est. Lorsque je remercie Dieu de ce qu'il m'a créée et de ce qu'il me conserve, je le remercie maintenant avec une ardeur que je ne m'étais point connue. Ne rien attendre que de Dieu seul, pour l'àme et pour le corps de mon William ; adoucir et consoler de pareilles heures d'accablement et de souffrance ; le secourir en de telles défaillances, ce que nul ne peut faire ici, hors moi seule , après Dieu ; lui

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chanter les hymnes triomphantes de l'espérance et de la victoire du chrétien, tandis que son amour, prévenu en ma faveur, m'attribue toutela joie qu'ily trouve; l'entendre prononcer le nom de son Rédempteur, en me disant que c'est moi qui la première lui en ai fait sentir la douceur : oh! cette œuvre de bénédiction, pour qu'elle fût possible, il fallait ces jours de retraite et d'absolue séparation avec le monde entier! M'eùt-ou jetée au fond du cachot de ce lazaret, j'y bénirais encore et j'y louerais mon Dieu. »

14 décembre.

« Récité mes chères prières, seule, pendant que mon William était assoupi ; je n'ai pas osé lui proposer de les dire avec moi, car la faiblesse et les souffrances l'accablent tout à fait. — Pluie et tempête, comme nous en avons eu chaque jour, on peut le dire, pendant les vingt-six jours que nous avons passés ici. L'humidité qui règne autour de nous , on la trouverait dangereuse pour une personne en bonne santé : qu'est-ce donc pour un malade comme mon William?... Ah! je sais bien que Dieu est là -haut — Commandant, qu'ai-je besoin que vos regards silencieux et le signe de votre main me montrent toujours le ciel? Si je considérais notre situation comme l'œuvre d'un homme mortel, bien loin d'être une Madeleine en pleurs, comme il vous plaît (le m'appeler gracieusement, vous verriez en moi une lionne furieuse, prête, si cela m'était possible, à mettre, sous vos yeux, le feu à votre lazaret, pour en tirer mon prisonnier et lui faire respirer l'air du ciel en quelque

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