CHAPITRE V
lieu moins fatal.... Emprisonner un pauvre être qui vient demander la vie à votre pays ! Le garder trente jours entre ces murailles humides, avec la fumée et le vent qui souffle de tous côtés, qui enlève les rideaux de son lit, et le pénètre jusqu'à la moelle de ses os ; qui le fait trembler de froid , s'il veut se tenir debout seulement quelques minutes , pâle comme l'ombre de la mort! — 11 faut qu'il aille à Pise pour sa santé! Ah ! aujourd'hui, ses pensées sont bien loin de Pise !... Mais, ô mon Père céleste, je sais que tous ces maux viennent de votre volonté; de votre volonté, qui est toute sagesse et lumière. Nous sommes ici plongés dans les ténèbres ; mais soyez-en béni ! pour que vos desseins sur nous soient saints et parfaits, il n'est pas besoin qu'ils cessent de nous être obscurs. Ah ! sois toujours présente .à notre esprit, miséricorde infinie, qui, tandis que tu permets les souffrances de nos corps périssables, pourvois avec tant d'abondance à la consolation et à la nourriture de nos âmes , afin de les faire arriver à cette vie éternelle oii nous verrons très-certainement que toutes choses avaient été disposées ici -bas pour notre profit, et pour affermir notre confiance en Dieu.
15 décembre.
« Achevé de lire le Nouveau Testament, que j'avais commencé le 6 octobre. Avancé la lecture de ma Bible jusqu'à Ezéchiel. Je l'ai toujours lue seule, par ordre, chapitre par chapitre. Avec William , je lis seulement les leçons marquées dans mon livre de prières. Aujonr-
JIR Rl.rZABKTH SF,TON
d'hui, j'ai choisi pour lui plusieurs passages d'isaïe : il les a goûtés tellement, que pendant quelques minutes il s'est trouvé délivré de toute soufifrance et de tout souci. Vraiment ces lectures nous sont d'un secours infaillible. William dit qu'il se sent comme quelqu'un qui serait amené à la lumière, après avoir passé plusieurs années dans l'obscurité. Jusqu'à ce jour, il regardait les Écritures comme la loi de Dieu , et comme sacrées par cela seul ; mais il ne savait pas y discerner ce qu'elles contenaient pour lui , et il n'avait pas appris à sentir qu'elles sont la source où nous allons puiser notre éternelle vie. »
16 décembre.
« Jour d'accablement. — Récité notre office ensemble jusqu'à la moitié; le reste, à moi toute seule. — Le soir, quand ils sont partis , après nous avoir mis sous les verrous, j'ai vu qu'ils ne s'attendaient pas à retrouver mon William le lendemain matin ; mais il repose tranquillement. Dieu est avec nous. «
17 et 18 décembre.
« Tristes journées de lutte entre la faiblesse de la nature et le courage que lui inspire l'attente de notre départ du lazaret pour aller à Pise. «
19 décembre.
« Levée avant le jour. Tout préparé pour cette heure que je redoute. A dix heures tout était prêt. A onze