‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 17 sur 94 · CHAPITRE VI i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI i

Jamais elle na manqué, celte grâce de Dieu, jamais elle ne s'est refusée à qui l'a demandée d'un cœur humble et sincère. Elizabeth dès longtemps le savait, elle, iille de la vraie Église, avant de connaître sa mère. Maintenant ses prières, ses lectures, les longues réflexions auxquelles elle se livrait, ses entretiens sur la religion avec les deux Filicchi écartaient doucement les préjugés de sa jeunesse. L'Esprit qui enseigne toute vérité récompensait sa croissante ardeur. La certitude des dogmes de l'Église catholique lui apparaissait peu à peu; leur caractère d'autorité la saisissait; elle était touchée des consolations et des secours qu'ils offrent à l'âme qui s'y attache. Quand elle entrait dans une de ces églises d'Italie , toutes si aimées , si bien ornées, si constamment visitées d'un peuple heureux de se trouver au pied de ses autels , elle ressentait une impression de piété et de respect plus vive et toute différente de ce qu'elle avait jamais éprouvé.

A cette heure rayonnante qui fut comme l'aurore de la foi en son âme, quand les premières clartés de la lumière céleste commençaient à percer les nuages de son esprit , un jour elle accompagna ses amis à l'église de Monte Nero , célèbre par son pieux pèlerinage ^ et par les beautés d'un site qu'on ne se lasse point d'admirer. La famille était réunie; les enfants, réveillés de leur sommeil bien avant l'heure accoutumée, étaient prêts les premiers, et témoignaient leur joie par l'impatience qu'ils avaient de partir. On devait faire la

f l.e ppleriaage à l'église dédiée à la sainte Vierge, Notre-Dame de .Monte Nero, à uii mille et demi de livourne.

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course an peu en voiture, et à pied le plus possible. Dès que le jour parut, on se mit en chemin.

C'était par une de ces matinées délicieuses, qui sont les fêtes perpétuelles de ces doux climats du Midi. La tiède brise du printemps ,

Tutta impregnata dall' erba e da' fiori ' ,

répandait ses parfums le long des sentiers que suivaient lentement les pèlerins

Corne génie, che pensa suo cammino, Che va col cuore, e col corpo dimora 2 ;

Elizabeth et ses amis, recueillis, se parlant peu, rêvant, tout absorbés dans une même pensée; Anna et les enfants, charmés des grâces de ces premières heures de la matinée , s'arrêtant , courant en avant ; cueillant des gerbes de fleurs , appelant leurs mères ; cherchant à découvrir dans l'atmosphère transparente la petite île de Meloria, entourée de ses rochers battus desflots écumeux; plus loin, la Gorgone avec ses hautes montagnes; plus loin encore, Capraja et la Corse, baignées dans les ondes bleues de la mer.

A l'époque où les troupes du Directoire avaient occupé Livourne% Filippo Filicchi, menacé d'être pris en otage par les Français, comme le furent en effet plusieurs des patriciens de la ville , s'était réfugié à

I Tuut iuipréguée du parfum des herbes et des fleurs.

Daute, Il Purr/atorio , c. xxiv, 145.

- Comme des gens ijui pensent en suivant leur chemin; ils marchent avec le cœur, et le corps s'attarde. — // Purgntorio , c. n , 4. ■i En 1796.

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Monte Nero , et caché pendant quelques mois dans le monastère qui est attenant à l'église '. L'amitié, la reconnaissance, le ramenaient souvent en ce lieu. Heureux de la nouvelle visite qu'il leur faisait, les bons religieux, tout empressés à sa rencontre, lui tirent le plus cordial accueil. La messe allait se dire à leur chapelle ; ils l'invitèrent à y assister. Elizabeth demanda à l'entendre aussi. Pendant l'office, au moment de l'élévation de la sainte hostie, un jeune Anglais qui se trouvait là, s'approcha d'elle, et lui dit à voix basse, mais d'un air d'ironie : « Yoilà ce qu'ils appellent leur présence réelle!» — «Mon âme, dit-elle plus tard, se sentit frémir de douleur à cette froide interruption au moment où ils adoraient. Tout était silence autour de moi, profond silence et adoration: presque tous étaient prosternés. Je me reculai par un mouvement involontaire, et j'allai m'agenouiller sur le pavé devant l'autel , pensant en secret et avec larmes à ces paroles de saint Paul : Ils ne discernent pas le corps et le sang du Seigneur. Puis il me vint cette pensée : Si ce corps et ce sang n'étaient pas là, réellement présents, comment l'Apôtre aurait-il pu dire : Ils mangent et boivent leur propre condamnation , parce qu'ils ne discernent pas le corps et le sang du Seigneur ? — Il me vint cette autre pensée : Comment sa puissance a-t-elle fait pour unir mon âme à mon corps? Comment?... et cent autres comment auxquels je ne saurais répondre le premier mot... Je suis mère; une vraie idée de mère me vint aussi : Comment mon Dieu s'est-il fait petit

> Ce monastère appartenait à des religieux de l'ordre de Vallombrosa, fondé par saint Jean Gualbert, sous la règle de Saint-Benoit.

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