‹ Elizabeth Seton et les commencements de l'église catholique aux États-Unis (volume 2)Chapitre 21 sur 94 · CHAPITRE VII |(i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII |(i

liques était, chez les protestants de l'Amérique du Nord, une si violente passion, qu'elle unissait dans un commun accord les sectes les plus diverses et les plus ennemies '.

< Voir l'Introduction, pages 10, 12, 14, 17, etc.

Elizabeth, déterminée à embrasser la foi catholique, fait part de sa résolution à sa famille. — Lettre adressée' par Filippo Filicchi à M. CarroU. — Tempête d'indignation soulevée contre Elizabeth. — Le révérend Henry Hobart. — Son influence funeste, mais de courte durée. — Lettre d'Elizabeth à M. Carroll. — Sa correspondance avec Amabilia, Antonio et Filippo Filicchi. — Ses hésitations, ses incertitudes. — Son désir de connaître la vraie foi. — Sincérité de ses recherches. — Épreuves. — Découragement. — Lettre de Filippo Filicchi. — Elizabeth prend une résolution désespérée. — Lecture d'un sermon de Bourdaloue. — Changement opéré par la grâce de Dieu.

Elizabeth Seton connaissait de tout temps l'aversion du protestantisme envers les catholiques; mais, prête à tout sacrifier pour répondre à l'appel de Dieu, elle était arrivée d'Italie en Amérique avec la résolution bien arrêtée d'embrasser cette sainte religion qu'on méprisait, qu'on détestait en son pays. Une grâce surnaturelle la soutenait. Forte de sa conscience et ferme dans sa foi, elle ne se sentait point accessible au découragement qui naît des considérations humaines. Du jour où elle avait entrevu la vérité , cette lumière lui était apparue toujours plus éclatante et plus belle : l'étude , la réflexion , la prière , avaient apporté la certitude en son esprit. Celui qui, surtout, s'était appliqué

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à rinstruire des enseignements de la vérité, Filippo Filicchi, lui avait préparé im précieux appui pour le moment où elle se retrouverait en pays protestant, exposée càde grandes difficultés, peut-être à de grandes luttes. Lors du séjour qu'il avait fait, onze ans auparavant, en Amérique, il avait connu d'une manière toute particulière l'évêque de Baltimore, JohnCarrolP. C'était à lui qu'il avait pensé pour achever l'œuvre de la conversion d'Elizabeth. Quand celle-ci était partie d'Italie, il lui avait remis pour le pieux évêque une lettre de recommandation très -pressante, dans laquelle il racontait les espérances qu'il avait conçues pour elle. «En la voyant de près, disait- il, j'avais remarqué, à côté de tant d'antres qualités éminpntes, une rare disposition de son cœur à la piété , et une assiduité touchante à ses devoirs d'épouse et de mère. Comme je croyais aussi apercevoir en elle une sincérité d'esprit peu commune, je fus frappé de la pensée que la Providence avait disposé son voyage en Italie dans la vue toute spéciale de redresser les préjugés

I John CarroU, né eu 1734, dans le Maryland, an sein d'une ancienne famille catholique, fut élevé en France, au collège de Saint- Omer, que dirigeaient les jésuites anglais. Devenu prêtre et membre <le la compagnie de Jésus, il ne revint en Amérique qu'en 1773, après la suppression de son ordre. En 1789, il fut désigné, par l'unanimité des prêtres américains au choix du souverain pontife pour occuper le siège de Baltimore , le premier siège épiscopal érigé aux États-Unis. Sitôt que ses bulles, envoyées de Rome , lui furent parvenues, M. GarroU se rendit en Angleterre, oii il reçut la consécration des évéqups, le 1.5 août 179Q, jour de la fête de l'Assomption. Il revint en Amérique immédiatement après, et y porta, sans se lasser, jusqu'à l'âge de 81 ans, le poids d'un épiscopat fécond entre tous en grandes œuvres. Sa sainte mort arriva le 3 décembre 1815.

qu'elle avait contre notre religion, «l'éclairer son esprit, et de lui faire découvrir la véritable Église, afin de l'y attirer.

« Tandis que je me flattais de cet espoir et que je réfléchissais à toutes ces choses dans un silence discret, elle-même me donna à connaître que je ne m'étais pas trompé. Elle me pria de lui communiquer toutes les lumières que je pouvais avoir à ce sujet. Je secondai ses vues avec bonheur et avec crainte tout à la fois : avec bonheur, à cause du résultat que j'espérais; avec crainte , à cause de mon indignité , de mon peu de capacité et de science. La pensée que la Providence emploie souvent les instruments les plus faibles, afin que sa puissance et sa gloire en reçoivent plus d'éclat, m'encourageait cependant. Je réunis pour elle tous les éclaircissements que je pus ; mes paroles semblaient triompher de ses préjugés et éclairer son intelligence. Pour suppléer à mon défaut de savoir, je lui procurai les meilleurs ouvrages que je pus trouver, entre autres Y Exposition de la doctrine catholique de Bossuet. Je lui recommandai de prier , et de consulter ceux qui ont mission pour enseigner. Au moment où elle nous quitta, je lui promis d'intéresser en sa faveur votre charité, afin que vous voulussiez bien ne pas lui refuser les instructions que je n'étais pas en état de lui donner pour régler sa conduite, et lui montrer ses devoirs de conscience dans les circonstances particulières où elle se trouve. Tout ceci, je le sollicite maintenant de votre bonté , pour l'avantage de cette âme, et pour la gloire de celui qui vous a appelé à paître une partie de son troupeau. »

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Si Elizabeth se fût adressée à M. Carroll , il est certain qu'elle se fût épargné une grande partie des perplexités qui s'emparèrent bientôt de son esprit. Assurée de l'intérêt de cet évèque si éminent par sa piété, par sa science et par la fermeté de son caractère , se confiant à sa direction, avec la grâce de Dieu, elle aurait bientôt atteint le but désiré. Mais à peine fnt-elle arrivée à New- York , qu'Antonio Filicchi , inspiré par une intention plus généreuse que prudente, lui donna le conseil d'informer son ancien pasteur et ses amis de l'éloignement qu'elle éprouvait pour leur communion et de la résolution qu'elle avait prise d'en abjurer les erreurs. Cette déclaration, tout à fait inattendue, souleva contre Elizabeth une tempête d'indignation ; elle s'en montra peu émue. Dès lors, tout un système d'obsession habilement suivi fit place à l'explosion des premiers emportements. Ceux qui l'entouraient ne se trompaient pas en pensant que s'il y avait quelque moyen de la vaincre , c'était en usant auprès d'elle de persuasion et de douceur. Cette âme, que nous avons vue jusqu'ici toujours debout pour le sacrifice, n'ignorait pas ces tendres sentiments qui donnent tant de prise à la faiblesse. La crainte de s'aliéner des affections qui lui étaient chères la jetait dans une angoisse indicible. Il n'est rien qu'elle n'eût souffert plutôt que la froideur et l'abandon des siens. Son attachement à ses affections était vraiment son côté vulnérable ; ce fut par là qu'on se flatta de l'atteindre.

Un des hommes qui inspiraient à Elizabeth le plus de respect, d'attachement et d'admiration, était son ancien pasteur, le R. Henry Hobart, qui devint plus

tard évêque de l'Église épiscopalienne dans l'État de New- York. Écrivain distingué , prédicateur éloquent et populaire, rempli d'esprit et de feu, zélé, toujours prêta la lutte . M. Hobart possédait, unis à beaucoup de solidité, la plupart de ces dons brillants qui exercent sur les esprits une influence presque irrésistible. Il faut entendre l'historien de sa \ie\ parlant de lui à une époque oii, fort jeune encore, il avait été choisi comme député au synode général : « Henry Hobart , dit-il, était le représentant le phis capable que put avoir l'Église. Comme chef, il possède tous les talents; comme orateur, il est le plus parlementaire ; jamais je n'ai vu cet homme lancé hors de son centre. »

Une amitié qui remontait aux jours de son enfance unissait Elizabeth à M. Hobart. Les années avaient aflfermi ce lien. Autour d'elle, dans la famille de eon mari, l'affection qu'on portait au jeune et vénéré pasteur était une sorte de culte. Elle ne pouvait oublier que son cher ^Yilliam, à son lit de mort, avait souvent prononcé le nom de Henry Hobart, et s'était affligé de quitter la vie sans avoir reçu les consolations de sa présence. Troublée depuis longtemps à la pensée du mécontentement qu'elle s'attendait à rencontrer chez un tel ami, elle lui avait écrit pendant sa traversée. — « A mesure que j'approche de vous, je tremble, lui disait-elle. Tandis que le brisement des vagues et leur incessante agitation m'offrent l'image de la destinée que Dieu m'a réservée, la pensée de me voir séparée de vous fait fondre mon cœur en larmes amères ; mes mains

1 M. Wicart, cité par Samuel Wilherforce, History of fhe protestant Episcopal C/iurcf) in America.

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eti sont toutes baignées. Et toutefois, mon cher Henry, lie me soyez pas trop sévère. Vous respectez la sincérité : quanil même vous me croiriez dans l'errreur, quand même mon désir de changer de religion vous paraîtrait à blâmer, je sais que la céleste et chrétienne charité plaidera en ma faveur, pour me conserver votre aflection. Pendant longtemps j'ai vu que j'usais en vain toutes les forces de mon entendement et de ma raison pour les placer au-dessus du prix que j'attachais à votre estime. Vous m'étiez donc plus cher que Dieu, et je ne m'en doutais pas! J'ai combattu inutilement, jusqu'au jour où j'ai réfléchi que vous ne voudriez pas me faire une plus longue opposition, que vous ne voudriez pas prendre plaisir à me voir continuer une lutte si cruelle qu'elle finirait par détruire ma vie; plus encore, ma paix avec Dieu. Pourtant, si le sacrifice de votre chère amitié , de votre estime , doit être le prix de ma fidélité à suivre ce que je crois être l'appel de la vérité , je ne douterai point de la miséricorde de mon Dieu. S'il veut briser l'un des liens qui m'est le plus cher en ce monde, il m'attireraplusétroitement àlui. C'est là ma confiance ; elle est appuyée sur l'expérience du passé, et sur la vérité des promesses que nous a données Celui qui ne peut faillir. »

Henry Hohart, sincèrement attaché à Elizabeth et à sa famille , parut près d'elle comme un ami. Loin de se prévaloir de son titre de pasteur, il ne lui témoigna ni blâme ni amertume; il se borna à lui exprimer la profonde tristesse qu'il ressentait d'un changement qui, disait -il, devait mettre un abîme entre elle et lui. Comme dernière marque de déférence et d'amitié, il

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lui demanda seulement qu'elle consentît à ce qu'ils entreprissent ensemble une série d'études et de controverses sur cette religion qu'elle voulait abandonner. Elizabeth consentit à ce qu'il demandait. Son cœur était défaillant; ce qu'elle avait souffert depuis son retour en Amérique , lui avait ôté sa vigueur. Antonio n'était plus là pour faire appel à ses résolutions , et raviver en elle les profonds souvenirs de son séjour en Italie. Croyant sa tâche accomplie, il s'était éloigné comme à peine elle sortait d'entre les bras mourants de Rebecca. Pour lui, s'il avait accepté les tristesses d'un voyage qui le séparait de sa chère Arnabilia et de ses quatre petits enfants, c'est qu'il pouvait s'occuper d'eux et de leurs intérêts , tout en achevant de conquérir à la vraie Église une âme dont toute la beauté lui était apparue. Les exigences d'un commerce étendu qui naguère avaient amené son frère Filippo en Amérique, y réclamaient sa présence aujourd'hui. Un chrétien comme Antonio , dont la foi réglait les moindres pensées, et contenait chaque affection dans ses justes limites, n'eût accepté de l'amitié aucune mission, si sainte et si pure qu'elle eût été d'ailleurs, qui l'aurait détourné de ses premiers devoirs, comme père et comme chef de famille. Il n'eût pas hésité pourtant à prolonger soû séjour à New -York, et se fût occupé de ses propre affaires plus tard, s'il eût pensé qu'Elizabeth manquait des forces nécessaires pour rester ferme sans son appui. Ce doute n'inquiétait pas sa pensée. 11 la quittait dans un moment rempli de promesses. Elle allait entrer en correspondance avec l'évêque de Baltimore, et s'était engagée de grand cœur à recevoir ses

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conseils. Elle-même lorsqu'elle se rendit au désir de Henry llobart ne prévoyait nullement l'empire qu'il pourrait reprendre sur elle. Confiante plus qu'elle n'aurait dû , se croyant désormais fixée dans ses convictions, elle n'entrevit pas le danger d'exposer sa foi naissante aux attaques d'un si habile ennemi. Cependant, le croirait-on, quelques semaines s'étaient à peine écoulées, que Henry Hobart, fort de son éloquence et des ressources d'une science spécieuse, remportait une victoire presque complète. Hâtonsnous de le dire, ce triomphe si prompt devait être de courte durée ; dans les vues de Dieu , il n'avait d'autre objet que d'accroître l'humilité d'Elizabelh , d'éprouver sa constance, et de donner plus d'éclat à sa conversion.

ELIZABETH A AMÂBILIA FILICCHI.

30 juillet 1804.

« J'ai reçu aujourd'hui le billet le plus

afifectueux de M. Hobart, qui me demande comment je pourrais jamais songer à abandonner l'Eglise dans laquelle j'ai été baptisée. Mais bien que ce qu'il me dise ait le poids que donne à ses paroles l'attachement que j'ai pour lui, joint à un respect que j'aurais peine, ce me semble , à avoir pour une autre personne , ce qu'il m'a demandé là m'a fait sourire. Car c'est comme si l'on disait qu'en quelque endroit qu'un enfant soit né ou qu'il ait été placé par ses parents, la vérité doit s'y trouver pour lui. M. Hobart ne sait pas les plaisantes

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invitations qui me sont faites tous les jours, depuis que je suis dans ma nouvelle petite maison, et que mes vieux amis viennent m'y voir. Dernièrement, l'une des plus excellentes femmes que j'aie jamais connues, qui appartient à l'Église écossaise, me trouvant incertaine sur la grande question de la vraie foi , s'est écriée : « De grâce, chère âme, venez entendre notre J. Mason, et je suis persuadée que vous vous réunirez à nous ! » — Presque aussitôt après , il en vint une autre, que j'ai toujours aimée pour ses façons, pour toute sa manière d'être , si innocente et si pure ; elle est de la société des quakers. D'un ton tout caressant et naïf, elle me dit : « Betsy, je te l'assure, tu aurais mieux fait de venir avec nous.» — Après, voici ma vieille amie, ma fidèle amie de la réunion des anabaptistes ', M"* T***, qui me dit, les larmes aux yeux : «Oh! si vous pouviez être régénérée, si vous pouviez comprendre ce que nous éprouvons , et goûter avec nous le céleste banquet! » — Puis, à son tour, ma bonne vieille Mary , la méthodiste "', qui gémit et médite, comme elle dit , a sur ma pauvre âme égarée ; si remplie de trouble, parce que je n'ai pas encore de convictions. » — Mais, ô mon Dieu et mon Père, ce n'est rien de tout cela qu'il me faut! Votre parole est vérité ; elle ne souffre pas de contradiction , de quelque nature que ce soit: une foi, une espérance, un baptême, voilà ce qu'il me faut, voilà ce que je cherche. Souvent je pense que mes péchés, que mes misères me

i Voir la note 5 à la fin de ce volume. 2 Voir la note 6 à la fin de ce volume.

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